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A la rencontre de Malvina Berguglian …

Publié le : 09 novembre 2018 par : Plongée On Line

Par Grégory VAUZELLE

La mer est souvent source d'inspiration pour les artistes, ce n'est pas Malvina Berguglian qui nous dira le contraire. Partons à la découverte d'une artiste pas comme les autres 

GVZ : Pouvez-vous vous présenter brièvement ? 
Malvina Berguglian : Artiste peintre professionnelle, après avoir travaillé sur commande pour de grandes entreprises, (Shell, Groupama, le Parc d’Astérix, la cité des sciences et de l’industrie, Citroën, ELF, Arianespace, Gaz de France, et bien d’autres), dans la communication et la peinture monumentale, c’est en 1992 que je fais ma première plongée en mer. C’est une révélation ! Le mot n’est pas trop fort pour dire ce que j’ai ressenti lorsque j’ai ouvert les yeux sur un monde impensable. Je venais de rencontrer mon sujet de peintre et c’est devenu l’aventure de ma vie. Je me suis dès lors consacrée corps et âme à ma passion. J’ai mis au point une technique pour peindre sous l’eau, et j’ai peint mes premières toiles dans la piscine de mon club de plongée à Montreuil, puis sous la mer un peu partout dans le monde.

GVZ : Comment définiriez-vous votre travail ?
MALVINA : J’étudie le comportement de la lumière dans l’eau et ma recherche, à mi-chemin entre l’art et la science, nécessite de m’impliquer corporellement et mentalement en utilisant les nouvelles technologies hyperbares. Ce faisant, j’expérimente de nouvelles perceptions (comme les couleurs sous-marines ou la proprioception) en travaillant dans un environnement qui demande des facultés d’adaptation inédites. L’expérience vécut de transformation physiologique et psychologique s’inscrit dans l’œuvre en temps réel. Avec un peu plus de 2000 plongées en mer et quelques centaines de peintures sous-marines, je cultive une mémoire de l’eau, visuelle et perceptive, qui me permet de travailler ensuite mes grands formats à l’atelier ou sur de grands murs. Créer en immersion et scaphandre autonome reste une performance artistique rare. Nous ne sommes pour le moment qu’une dizaine, peut-être une vingtaine dans le monde. La peinture subaquatique est une discipline avant-gardiste qui se développe en même temps que les innovations architecturales, scientifiques et techniques liées au monde des océans.

MAlvina - Plongée On Line

GVZ : Quelle artiste êtes-vous ?
MALVINA : En suivant mon intuition, j’ai fait de ma vie un rêve qui s’est incarné dans le réel. Au début les gens se moquaient de moi et me prenaient pour une illuminée, mais la réalité m’a donné raison et a fait de moi une pionnière. Je suis autodidacte et c’est en mettant mon matériel de peinture dans la baignoire que j’ai sélectionné les matériaux compatibles dans l’eau. J’ai ensuite fait de nombreuses campagnes de peinture autour du monde et fait connaissance avec la mer et ses habitants. Grâce à ce travail, j’ai pu répondre en 2007 à une commande pour Océanopolis et peindre sur une superficie de 200 m², un paysage de Mer Rouge dans les vraies couleurs de la mer. En 2012, j’ai passé le DNSEP (diplôme national supérieur d’expression plastique) en candidat libre à l’ENSBA (école nationale supérieure des beaux-arts) de Lyon. C’est le tout premier master d’art à être validé dans cette discipline par une grande école et j’espère qu’il y en aura d’autres. Parce que je pense que l’océan est l’avenir de l’humanité, mon projet à présent est de transmettre mes connaissances et d’enseigner cette discipline riche et rigoureuse à de jeunes plasticien(ne)s qui souhaitent élargir leur champ de conscience. 

GVZ : Qu’est-ce que le projet de « La Queue de la Baleine » ?
MALVINA : La Queue de la Baleine est une œuvre d’art destinée à protéger les baleines. La baleine est l’animal le plus profond du monde. Le cachalot peut descendre jusqu’à 3000m en apnée. C’est absolument fantastique. Et c’est en remontant à la surface pour respirer que la baleine rencontre l’humanité. A ce moment précis, il nous est possible de contempler ces êtres exceptionnels. J’ai choisi l’instant où la baleine va sonder les profondeurs pour symboliser la rencontre entre deux mondes, entre deux espèces. La performance participative de La Queue de la Baleine est une œuvre d’art qui créé un lien d’amitié entre l’homme et la nature. J’ai peint ma première queue de baleine en 1997 à Bremerhaven sur la poupe du navire Sea Shepherd III.

MAlvina - Plongée On Line

La photo que j’ai prise alors, dégage une telle énergie que 17 ans plus tard la baleine est réapparue sous la forme d’une performance. Je me suis engagée à faire participer toutes celles et ceux qui se sentent concernés par ce message d’alliance non verbal, compréhensible dans toutes les langues et à tous les âges de la vie. Une fois les 1000 premières photos réalisées, je ferai une exposition où, tous les participants de la performance seront invités au vernissage. Ensuite, « La Queue de la Baleine » deviendra une performance itinérante autour du monde pour créer un lien très fort entre ceux qui aiment la mer et qui veulent le faire savoir. Vous trouverez tous les détails du projet sur le site qui porte son nom.

MAlvina - Plongée On Line

GVZ : Etes-vous plongeuse ? Comment avez-vous découvert la plongée ? (Circonstances, avec qui, où ?)
MALVINA : J’ai découvert la plongée en voulant sortir de l’atelier pour me changer les idées. A aucun moment je n’ai imaginé que j’allais peindre sous l’eau. Je me suis donc inscrit aux clubs de plongée de Montreuil (RSCM & JAM) où j’ai passé mon BE. C’est lorsque j’ai fait ma première plongée à Saint-Quay-Portrieux en Bretagne que ma vie a pris une toute autre direction. Depuis, j’ai passé mes niveaux un peu partout avec le P2 à Ouessant, le P3 et le permis bateau à Compiègne, le OWSI Padi avec Hippoconsulting à Lorgne et en Mer Rouge. Dans le cadre du projet « Pignon sur rue » organisé par la mission des arts plastiques de Montreuil, j’ai réalisé une peinture des fonds de la piscine du Stade Maurice Thorez qui a été reproduite sur une bâche de 27 m² et exposée pendant un mois à la Croix de Chavaux. Je parle en détail de ce travail dans la postface « Peindre le plaisir de l’eau » que j’ai écrit pour le très beau livre de Mary Schirrer « S’immerger en apnée » chez L’Harmattan. 

GVZ : Quel est votre parcours de plongeuse ?
MALVINA : Etant Parisienne, je me suis entraînée en piscine. J’ai aussi voyagé et réalisé des campagnes de peinture en plongée. En Méditerranée dans le Parc National de Port-Cros pour peindre la faune et la flore. Sur le site du Phare d’Alexandrie en Egypte pour peindre les fouilles archéologiques du Centre d’Etudes d'Alexandrie. Dans le Pacifique en Polynésie française où j’ai peint des requins gris et marteaux à Rangiroa et des requins citrons à Moorea. En Atlantique aux Bahamas pour les requins gris et en Afrique du sud où j’ai également plongé et peint le grand Blanc et les otaries. J’ai fait une trentaine de voyages en Mer Rouge où j’ai peint des coraux et des épaves. 

GVZ : Quel est votre meilleur souvenir en immersion ?
MALVINA : Mon meilleur souvenir est un dauphin qui est venu me voir en plongée et m’a demandé des caresses… Je n’en croyais pas mes yeux. C’était le jour de noël en 2003 à Rangiroa. Ce jour-là Eric Leborgne était notre guide et nous étions 3 plongeurs à être descendu voir le Grand marteau solitaire dans la zone des 50, 60m. Nous avons ensuite rejoint le groupe à 30 m et je finissais tranquillement ma plongée quand un dauphin est apparu dans mon masque. Je ne l’avais pas vu venir et il se tenait à 50 cm de moi. A commencé alors une danse faite de caresses enivrantes dans l’immensité bleue du Pacifique. Un moment de bonheur absolu qui a duré plusieurs minutes. Puis je me suis rendu compte que je redescendais (44 m) en dérivant. J’ai eu la présence d’esprit de dire au revoir au dauphin pour remonter et commencer mes paliers en suivant le groupe. Cette joie vécue pendant ces quelques instants reste vivace dans mon esprit comme dans mon cœur. 

GVZ : Vos trois rencontres préférées ?
MALVINA : Je me souviens d’une fois, alors que je peignais les fonds du Parc National de Port-Cros, un des responsables du Parc me demanda d’aller faire le portrait d’un mérou qui vivait aux alentours de la Gabinière, petit îlot à quelques encablures de l’île. Cela me paraissait fou d’aller à la rencontre d’un poisson dans la mer pour faire son portrait ! Mais bon, j’y suis allée et avant d’atteindre le fond, j’aperçois un magnifique mérou d’une cinquantaine de kilos venir vers moi. Si nous avions eu rendez-vous, il n’aurait pas fait mieux. J’ai posé ma toile sur le sable et j’ai commencé à le dessiner. A ma grande surprise, il est resté à 1,50 m de moi pendant quarante minutes, à me regarder. Je ne savais pas qu’on pouvait regarder un poisson dans les yeux. J’aurais aimé pouvoir lui exprimer ma gratitude pour ces instants passés ensemble, dans ce dialogue muet. J’ai écrit cette séance de peinture sous la forme d’une nouvelle « Télépathie avec un mérou » qui a été publiée dans un recueil d’histoires vécues « Coup de folies en mer » chez Arthaud.

J’ai un autre souvenir de séance de peinture, cette fois avec une murène en Mer Rouge. Elle est restée 1h à jouer avec moi en pleine eau, allant d’une petite table de corail, à ma toile, puis à mon masque et ainsi de suite ! Ce qui est exceptionnel car ces animaux sont très craintifs et se réfugient toujours dans les trous ou les failles de la roche. - J’ai un autre souvenir sympa, quand j’ai passé mon P3 au barrage de L’Eau d’Heure en Belgique. Ce n’était pas une rencontre mais un état un peu surréaliste. Après avoir passé mes épreuves, je suis remonté en surface pour attendre le reste du groupe. J’étais seule par une morne journée de février et il pleuvait. Les gouttes de pluie en tombant par milliers formaient de petits picots à la surface de l’eau. Alors j’ai mis mon masque à fleur d’eau pour contempler cette symphonie visuelle en me disant que j’étais une grenouille dans une mare. Et pendant un court moment, il me semble bien que j’ai vécu, le temps d’un rêve, une existence de batracien.

GVZ : Vos trois spots préférés de plongée ?
- La passe de Tiputa à Rangiroa en Polynésie
- La forêt de kelp à Gansbaai en Afrique du Sud
- Le site archéologique du Phare d’Alexandrie en Egypte 

Pour de plus amples informations sur l'artiste :
MALVINA : J’expose en permanence dans mon atelier-galerie à Montreuil et je réponds à des commandes pour des fresques de moyen à très grand format sur le thème de la mer.

J’organise une fois par mois une porte ouverte à l’atelier avec au programme : une conférence sur la peinture sous-marine et la performance participative de « La Queue de la Baleine ».

Je reçois également des groupes pour des soirées privées à partir d’une dizaine de personnes.

PHOTO ATELIER 

Me contacter sur mon site ou sur ma page FB  ou Youtube

Crédit photos : Paul Poivert, Lionel Pozzoli, Malvina Berguglian

Un grand merci à Malvina d'avoir pris le temps de nous répondre