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François SARANO - l'Odyssée - Cousteau -

Publié le : 10 avril 2017 par : Plongée On Line

A quelques heures de son départ pour une nouvelle expédition « Cachalots », cette fois pour tenter d’étudier en particulier l’acoustique, avec des systèmes de traitements de signaux particuliers, l’éthologie (le comportement de l’animal), et aussi, s’ils parviennent à réaliser des prélèvements de peaux, l’étude de la généalogie des animaux observés, nous avons interviewé François SARANO.

De son rôle de doublure de Lambert Wilson pour le film l’Odyssée, à sa première rencontre avec Cousteau et Falco, jusque sa vision des élections présidentielles, François SARANO nous a répondu avec sa verve et sa gentillesse habituelle.

On ne présente plus François SARANO...
Bah si, un peu quand même... Docteur en Océanographie, membre de l’équipe de la Calypso en tant que Conseiller scientifique de Jacques-Yves Cousteau durant treize années, Responsable du département ressources Halieutiques au WWF, directeur de recherche du projet Deep Ocean Odyssey, Chevalier de la Légion d’honneur, il a co-fondé Longitude 181, qu’il anime toujours. Bref, une vie dédiée à la mer, aux Océans et à leur préservation.

 

Pour le film l’Odyssée qui vient de sortir en DVD, François SARANO a assuré la « doublure sous-marine » de Lambert WILSON, interprète de JY COUSTEAU pour les scènes méditerranéennes tournées en Croatie.

François nous raconte une ambiance de tournage très chaleureuse.

Il précise d’ailleurs, que pour certains, ce sont de vielles amitiés qui se retrouvent, en particulier, François retrouve, pour l’occasion, Roberto RINALDI l’un des cameramen sous-marins avec qui il a vécu de nombreuses aventures du temps de la Calypso.

François souligne l’extraordinaire travail de Christophe CHEYSSON, le réalisateur sous-marin, qui tel un chef d’orchestre, doit diriger et superviser les acteurs et leurs doublures y compris les enfants, mais aussi l’éclairage et la sécurité, pour les prises de vues sous-marines. Il remarque aussi la qualité du travail préparatoire plus qu’essentiel (ils ne peuvent évidemment pas se parler sous l’eau), réalisé pour obtenir au final les images attendues.

François doublait donc Lambert WILSON, Mathilde FREULON doublait Audrey TAUTOU dans le rôle de Simone COUSTEAU, Eddy GRADAIVE doublait Laurent LUCAS interprète de Philippe TAILLEZ et Stephan JACQUET, Olivier GALFIONE dans le rôle de Frédéric DUMAS (les trois Mousquemers).

Les doublures Francois SARANO - Mathilde FREULON - Eddy GRADAIVE - Stephan JACQUET

Ces acteurs sous-marins ont dû découvrir ou renouer avec l’utilisation du matériel de l’époque, d’origine ou reconstitué, et dans les conditions de l’époque. C’est-à-dire en maillot de bains. De quoi apprécier les exploits qu’ont réalisé en leur temps, ces pionniers de la plongée sous-marine. « Malgré le froid (l’eau était parfois à 14°), c’était un vrai bonheur de plonger dans ces conditions et de ressentir ce qu’ont vécu nos aînés. De même, quel plaisir pour moi, de découvrir les détails de cette période de JYC à laquelle, je n’ai pas participé. ».

François raconte comment en Croatie, les soirs après les tournages, il se retrouvait avec Lambert WILSON, Audrey TAUTOU et même Jérôme SALE à raconter son vécu avec COUSTEAU, la vie sur la Calypso, comment était Simone « la bergère », leur livrant moult détails, anecdotes et attitudes. (Comme entre autres, l’anecdote de Simone Cousteau qui invective gentiment l’équipage parce qu’un moteur ratatouille… du vécu repris dans le film). Et comment, il a vu ces comédiens incarner leurs personnages de façon stupéfiante, jusqu’au trouble.

« Audrey TAUTOU a réalisé une performance bouleversante, c’était « La Bergère »… » quant à Lambert WILSON, François dit qu’il a parfois faillit le confondre à l’original.

François nous explique avoir été impressionné par l’humilité, la curiosité et la sensibilité des comédiens en recherche de crédibilité pour les personnages qu’ils devaient interprétés. « Ils étaient à l’écoute, soucieux d’apprendre, et toute l’équipe était à l’unisson »

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En 1985, tu vas rejoindre l’équipe de Jacques-Yves COUSTEAU, JYC est connu depuis près de 40 ans, comment cela s’est-il passé ?

"Evidemment, je connaissais Cousteau, comme probablement tout le monde à l’époque. Je me souviens, gamin, avec mon copain Denis, on jouait à « l’Odyssée sous-marine de l’équipe Cousteau » lui jouait le commandant et moi Bébert (Albert FALCO), on s’installait dans la voiture de mes parents, une ID (une version de la Citroen DS) et dans le noir du garage on explorait nos fonds sous-marins imaginaires en allumant les phares de la voiture… mes parents ont même parfois dû trouver la batterie vide. D’autres fois, on scotchait une pile sur des personnages miniatures et c’était parti pour de nouvelles aventures. »

  

Et comment t’es-tu retrouvé sur la Calypso ?

« En fait, Véronique (son épouse, Doctorante à l’époque) m’avait emmené avec elle sur une expédition en antarctique où elle procédait à une étude de la chimie des eaux de surface. Au retour, alors que je l’accompagnais dans son laboratoire, je vois à peine griffonné sur un bout de papier punaisé sur un tableau « Recherche directeur adjoint pour le musée océanographique de Monaco. ». J’envoie ma candidature.

A cette époque j’avais postulé aussi pour un poste similaire à l’ORSTOM (l'Office de la recherche scientifique et technique outre-mer) devenu aujourd’hui l’IRD (Institut de recherche pour le développement).

Après quelques entretiens avec les uns et les autres, je suis convoqué pour un dernier rendez-vous avec Jacques-Yves Cousteau qui valide ma candidature, mais me propose aussi de le rejoindre. Je lui demande quelques semaines de réflexion, d’autant que j’avais obtenu aussi le poste à l’ORSTHOM et qu’il me fallait choisir entre ces 3 opportunités … et là COUSTEAU me dit OK, et si vous n’avez rien d’autre à faire dans les prochaines semaines, venez, comme ça vous verrezj’y suis resté 13 ans… 

La première fois que je suis monté à bord de la Calypso elle était dans le port de Norfolk (le plus grand port militaire des états unis), Bébert était venu me chercher à l’aéroport… Elle était tellement petite au milieu des énormes bateaux de guerre qui l’entouraient que je ne l’ai pas vu tout de suite.
Et mon premier job à bord, c’est d’avoir transporté près de 2 tonnes de lest par bloc de 25 kilos, du quai jusqu’à la cale…

C’était un test ?

Non pas du tout, c’était ça la vie à bord de la Calypso… Il n’y avait pas de hiérarchie, toutes les taches « basiques » étaient le lot de tout le monde…

Le test, il avait eu lieu quelques temps auparavant, lorsque j’ai rencontré Bébert pour la 1ère fois. Il m’emmène sur son bateau pour plonger au large de Sormiou, assez revêche, il me demande si je sais plonger, je lui réponds oui. Vous savez vous équiper alors ? Oui

Il jette mon équipement par-dessus bord et me dis et bien équipez-vous. Je me mets à l’eau descend m’équiper et remonte…. Là, satisfait, il me dit, aller, remontez sur le bateau, on rentre... et voilà…

 
François, Véronique et Bébert

Tu étais dans l’équipe Cousteau au moment de la conférence de Rio en 1992… 

Oui ça a été l’apogée, j’ai travaillé avec l’équipe sur le projet et même eu l’honneur de co-réalisé avec JYC les films qui allaient être présentés, « the mirage of the sea » et sa version française « la mer volée », sur la dégradation de la planète.

On a travaillé avec Lewis T. Preston le gouverneur de la banque mondiale. Il voulait changer le mode d’attribution de fonds, en changeant le référentiel basé sur la pure économie en y intégrant l’écologie.

Cousteau a été accueilli quasiment comme un héros et sur la photo au côté des plus de 100 chefs d’état présents de Castro à Bush en passant par Mitterrand, il est le seul de la société civile.

Dans le contexte actuel d’élection présidentielle, 25 ans après RIO et après la signature de l’accord de Paris lors de la COP21 en 2015, penses-tu que les « gouvernants », les candidats aient pris en considération les enjeux pour la planète ?

François très dubitatif,
face à la plupart des programmes politique, soi-disant pragmatiques, à court terme,
face au manque d’éthique des individus comme des organisations (Lafarge entre autres), souligne la nécessité de viser l’utopie.

"Comme le marin qui pour naviguer regarde l’étoile polaire, le politique doit viser loin, au lieu de se diriger en regardant l’avant de son bateau.

Du temps de Jyc, on pensait que le progrès la science, la technologie, résoudraient les problèmes générés par l’homme.
Aujourd’hui on sait que ce n’est pas le cas. On doit donc réellement changer de référentiel, éviter toute hypocrisie pseudo humanitaire, ne plus avoir pour dogme la solvabilité économique et le profit.

Le seul projet valable c’est une politique à long terme de recherche de bien être pour tous, qui tienne compte d’une population mondiale qui va atteindre dix milliards d’individus et ce dans le respect de la vie sauvage.

Comment pouvoir vivre dignement en paix à 10 milliards, c’est la seule vraie question."

Il votera pour celui dont l’objectif s’approche le plus de cette vision

Parmi ses projets… La poursuite des études sur les cachalots, en septembre la sortie d’un livre, peut être un film documentaire, et la poursuite des travaux avec Longitude 181.

Photos :
Longitude 181
Cousteau