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Le Monde du Silence de JY Cousteau

Publié le : 21 octobre 2016 par : M Alexandre Lançon

La sortie de l'Odyssée de Jérôme Salle, le 12 Octobre dernier, retraçant une partie de la vie du commandant Cousteau offre une bonne occasion de se replonger dans les films ayant un lien avec le monde subaquatique. Nombreux ont été les réalisateurs qui ont utilisé les fonds sous-marins dans leur film et je vous propose au fil des semaines de faire une rétrospective des liens entre le septième art et le monde du silence.  

Quoi de mieux pour commencer justement que "Le Monde du Silence" de Jacques-Yves Cousteau ! Si ce n'est pas le premier film de la filmographie du commandant Cousteau (il s'agit du court métrage "Epaves" de 1943), c'est son premier long-métrage avec des prises de vue sous-marines en couleur et le deuxième film au monde à réaliser cette performance à l'époque.

Sorti en salles en 1956, palme d'or du Festival de Cannes la même année, en 1957, il remporte l'Oscar du meilleur film documentaire.le film retrace les aventures sous-marines du commandant Cousteau et de l'équipage de la Calypso, de la Méditerranée à l'Océan Indien en passant par la Mer Rouge.

La scène d'ouverture nous emmène dans les bulles de cinq plongeurs qui descendent dans le bleu vers le fond avec une voix-off qui prononce une phrase restée dans les mémoires : "À cinquante mètres de la surface, des hommes tournent un film... "

https://www.youtube.com/watch?v=ZQO4_LYP5tY

Lors de leur remontée sur le bateau, nous découvrons quelques-uns de ces pionniers de l'exploration sous-marine, Albert Falco ou encore Frédéric Dumas éternels compères du commandant Cousteau.

Masques ronds, blocs triples fûts enfilés avec des sangles, détendeur Cousteau-Gagnan CG45, et palmes "de Corlieu", le plongeur moderne ne manquera de s'amuser à la vue de l'ancêtre du scaphandre autonome actuel. Mais munis de cet équipement révolutionnaire pour l'époque, nos explorateurs vont tour à tour se confronter à des pêcheurs d'éponges en pieds lourds, découvrir et explorer le mythique "Thistlegorm", ce cargo anglais coulé dans le golfe de Suez qui attire toujours chaque année des milliers de plongeurs, ou encore ils sympathiseront avec le fameux Jojo le mérou et montreront au monde la richesse de la faune marine.

 

Tout au long du film, le spectateur novice comme averti découvrira les techniques innovantes de l'époque comme l'utilisation de caissons de décompression embarqués, les premiers scooters sous-marins ou encore la plongée en cage au milieu des requins. Cousteau l'initie même à quelques grands risques de la plongée comme la décompression ou encore l'ivresse des profondeurs. Si la façon de plonger fait sourire ou ouvrir de grands yeux lorsque l'on voit les vitesses de remontée ou les profondeurs atteintes, il n'en reste pas moins qu'avec la technologie de l'époque, ce documentaire tient de la prouesse.

 

Le film a néanmoins ses travers qui ont été soulevés par de nombreuses polémiques. Certaines images demeurent choquantes pour le plongeur d'aujourd'hui, sensibilisé à la protection du milieu et au comportement éco-responsable.

Comment ne pas sourciller lorsque l'on voit du C4 exploser dans une patate de corail pour récupérer les poissons morts et en faire le recensement, ou lorsqu’un plateau de corail est cassé au marteau pour "prélèvement" ? Comment ne pas s'offusquer de voir ces plongeurs s'agripper à une tortue et s'en servir de propulseur, ou chevaucher à terre ces mêmes tortues ? Comment ne pas grimacer en voyant ce jeune cachalot se faire découper par accident par l'hélice, puis servir de repas aux requins que l'équipage harponnera par la suite ?

Et bien tout simplement en remettant le film dans le contexte de l'époque.

En 1955, les fonds marins restent un monde inconnu, sauvage, peuplé de monstres comme le souligne François Sarano, ancien conseiller scientifique de Cousteau. La mer était foisonnante et la notion de protection du milieu n'est apparue que plus tard.

L'homme n'avait pas surexploité les richesses de la mer et on pensait les richesses marines inépuisables. Cousteau a plus tard pris conscience de ces défauts et regretté ces pratiques pour au contraire essayer de développer la conscience écologique chez le spectateur.

Le monde du silence, qui ne l'est plus vraiment à cause d'une musique omniprésente, divise aujourd'hui mais il a fait rêver des milliers de gens, a déclenché la passion de bon nombre de plongeurs et donné suite à une série de documentaires de Cousteau pour émerveiller le public. Il nous offre des images qui aujourd'hui encore fascinent.

Si la façon de réaliser des documentaire sous-marins et la vision du monde a bien changé comme nous le verrons dans notre rétrospective avec Océans de Jacques Perrin ou Les Seigneurs de la Mer de Rob Stewart, le documentaire de Cousteau a ouvert la voie.

 

Crédit Photo : Anonyme