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Le photographe, le Mandarin et sa mandarine… Conte intemporel

Publié le : 26 janvier 2017 par : Plongée On Line

Le photographe, le Mandarin et sa mandarine… Conte intemporel. 

Il était une fois, un jeune photographe sous-marin, tout juste parvenu enfin à faire des photos nettes, bien éclairées et correctement cadrées.

Il avait cassé sa tirelire pour s’offrir l’appareil de ses rêves, avec son beau caisson, ses hublots (ben oui un pour l’ambiance, un pour la macro et puis un autre il ne savait plus pourquoi). Il s’était acheté 2 flash avec des bras, les fibres optiques, une petite lampe pilote, etc. (en fait c’est une tirelire-relire qu’il faut avoir pour la photo sous-marine) et avait écumé la piscine de son club pour maîtriser le fameux ART.

Et le voilà parti, pour une croisière plongée en Asie du sud-est (Malaisie, Indonésie, Philippines etc…) Je ne vous refais pas le coup de la tirelire, mais bon…

Evidemment, sur le bateau, il n’est pas le seul photographe, et du coup il blablate, « Ouverture », « ittl », « 5D vs D800 », « flash maître-esclave », etc. Bref des plongeurs entre eux, mais en plus, photographes. De quoi endormir un insomniaque non initié.

Il plonge et replonge, c’est beau et ses photos aussi (belles quoi !).
Il bombe un peu le torse convaincu que s’ouvre devant lui les portes des concours, des honneurs, des expositions… mais demeure humble, malgré l’énorme talent qu’il pressent posséder.

Et puis, un jour, lors du briefing de la journée où il ne distingue comme d’habitude que quelques mots (Il comprend bien l’anglais mais surtout quand c’est Renaud qui chante) « Sunset », « Mandarine », « Dragonette », il perçoit une certaine fébrilité chez ses amis photographes qui sont les seuls à avoir l’air intéressés ! Il s’inscrit donc lui aussi à cette « Sunset Dive », puis l’air de rien, essai d’en savoir plus.

Là, il saisit qu’au coucher de soleil, ils vont tenter de voir et de photographier un mandarin et éventuellement, comble du bonheur un mandarin avec sa mandarine.

Compte tenu de l’état d’excitation de ses congénères aux gros appareils, il comprend qu’il s’agit là du Saint Graal du photographe sous-marin, la distinction suprême qui va l’amener à être reconnu par ses pairs.

 

 
QUAND MEME !

Et le voilà parti à bord de l’annexe, laissant sur le pont, les « que » plongeurs, qui, un verre à la main, admirent, le magnifique coucher de soleil, pendant que lui et tout ton bardas se glisse dans l’eau noire qui pour une fois lui parait fraiche (ben oui c’est sa 4ème plongée de la journée et il commence à fatiguer) pour rejoindre le fond à quelques mètres.

 

L’ambiance sans lumière, les derniers rayons de soleil rebondissant sur la surface de l’eau (c’est une image), dessous, il fait déjà presque nuit.

L’ambiance donc, est glauque, d’autant que le fond est, là, essentiellement composé d’amas de corail et de roches plus ou moins cassés et entremêlés. Comme son guide il cherche avec sa lampe parmi les trous et anfractuosités.
Tout à coup, il voit un reflet bleu/vert furtif qui disparait immédiatement. Il croit avoir rêvé, mais non, son guide aussi l’a vu... YESSS !

 

Il s’installe donc pour faire LA photo.

Sauf que le mandarin est très très joueur et « cabot », s’il l’éclaire, il disparait, et notre amli photographe va passer une heure à essayer de le cadrer. Un œil dans le viseur où il ne voit pas grand-chose, l’autre à vérifier où il est (le mandarin), et les autres (yeux) à surveiller qu’il n’est pas en train de mettre le genou sur un ptérois (rascasse volante) qui dès la tombée de la nuit est parti en chasse.

Quand il le sent dans le viseur, il shoote mais c’est sans compter sur son autofocus qui sans lumière (voir plus haut) a du mal à faire le point et il l’entend ZZZ ZZZ essayer de trouver la zone de netteté. Pendant ce temps-là, le mandarin lui se promène de gauche à droite, semblant vouloir sortir, mais restant toujours à l’abri de son labyrinthe de corail. Il shoote, reshoote, sans même regarder le résultat.

Et soudain (tin tin tin), sans qu’aucun signe ne prévienne notre jeune et fier photographe,
Mr et Mme Mandarin sortent de leurs trous respectifs,

se rejoignent, remontent à quelques 50 cm au-dessus du fond,

s’arrêtent,

lancent une œillade amusée au chevalier noir à 2 cornes,

saluent la foule en délire, et disparaissent, genre « A demain les copains… »

Cela à duré moins de 15 secondes, et quand enfin notre ami réussi à cadrer quelque chose et son AF à faire le point, les mandarins ont disparu. Damned !

Le jeune photographe quelque peu dépité se console en imaginant les photos engrangées et s’en retourne à la surface où l’attend la voute étoilée des ciels dénués de nuages et de pollution en tout genre.

 

Il y retournera demain ou un autre soir et cette fois, pour sûr, il les aura !

Moralité : Ce que tu veux.

Crédit photo : Gilles Diraimondo, Pascal Kobeh, Philippe Senik
Illustration : Monsieur "Ramolli du bulbe" qui va se faire virer s'il continu à faire n'importe quoi.