Conseils Photos "Experts" 7

La photo mi-air mi-eau

Texte et photos de Amar Guillen

Dans les articles précédents nous avons décrit l’utilisation des objectifs de type fisheye ainsi qu’un logiciel capable de corriger les distorsions possibles des photos. Nous allons maintenant décrire une utilisation très intéressante pour ces objectif qui ont un très large champ angulaire : la photographie de type mi-air mi-eau.

Définition
La photo mi-air mi-eau permet d’intégrer dans la partie haute de la composition un sujet terrestre comme un phare, une côte, un bateau, un ciel et dans la partie basse un sujet sous-marin avec un mammifère, un plongeur, un tombant. La réalisation de ce type de cliché demande des conditions de mer particulières, requiert un matériel spécifique mais elle présente quelques difficultés techniques.


Un lamantin de Crystal River, sujet d’une photo mi-air mi-eau.

Le matériel nécessaire
Pour réaliser une photo mi-air mi-eau, un objectif avec un champ angulaire d’au moins 120 degrés est nécessaire. Un objectif avec une focale d’au moins 14 mm répond à ce critère. Il est toujours possible de d’utiliser des focales de 20mm mais dans ce cas, le mer doit être absolument plate. Le caisson doit être équipé d’un dôme : le hublot plan est à proscrire car il introduit une forte distorsion à la frontière entre l’eau et l’air à cause du phénomène de réfraction.

Comme le caisson oscille entre l’eau et l’air pendant la prise de vue, des traces d’eau vont se former sur le dôme. Ces traces dégoulinantes provoquent des marques sur les photos et il est très difficile de les corriger avec un logiciel ; de plus la mise au point est plus difficile. Pour éviter ces traces, l’idéal est d’avoir un dôme fabriqué en verre car l’eau glisse facilement sur ce matériau. Avec un dôme réalisé en acrylique, nous conseillons d’appliquer un produit comme le Rain-X avant la séance de prise de vue. C’est un produit que les automobilistes appliquent sur les pare brises pour favoriser le glissement de l’eau. Ce produit est disponible dans les boutiques d’accessoires automobiles. Il est aussi possible d’appliquer un produit anti buée pour les masques de plongée mais c’est un peu moins efficace que le Rain-X. Lors de l’application d’un produit, un chiffon doux doit être utilisé pour éviter les rayures sur le dôme. Certains produits sont même conditionnés avec un applicateur.


Le produit Rain-X et son applicateur pour éviter de rayer les dômes.

Les conditions de prise de vue
Pour réaliser de bons clichés mi-air mi-eau, de bonnes conditions météo sont souhaitables. Les vagues ne doivent pas dépasser plus de 2/3 cm de haut : la mer doit être la plus plate possible. Il est quasiment impossible de faire la mise au point avec des vagues importantes. L’idéal pour réaliser une photo mi-air mi-eau est d’avoir pied sur un rocher ou un support artificiel. Si vous devez rester à la surface de l’eau pour prendre un cliché mi-air mi-eau, il faut éviter de photographier vos palmes. Contrôler bien les compositions dans la fenêtre arrière pour voir les détails incongrus. Les gilets de stabilisation de type « wings » dits « tech » ne sont pas pratiques car ils sont tendance à pousser le plongeur vers l’avant. Comme on le voit, réaliser un bon cliché mi-air mi-eau demande des conditions de prise de vue et une préparation toute particulière. Il est bien sur possible de réaliser un tel cliché à la fin d’une plongée par exemple, mais la réussite de la photo tient plus le fait du coup de chance.


Des conditions parfaites dans ce lac pour un cliché mi-air mi-eau.

La composition et le cadrage
Une photo mi-air mi-eau est composée deux parties distinctes séparées par la surface de l’eau. Vous pouvez choisir entre une répartition moitié terrestre et moitié sous-marin ou alors 1/3 terrestre et 2/3 sous-marin. La proportion avec 1/3 sous-marin n’est pas conseillée car la photo est déséquilibrée et pas agréable à regarder.

La plupart des clichés mi-air mi-eau sont effectués avec un cadrage vertical car le champ angulaire est maximal. De plus la plupart de ces photos sont destinées à réaliser des couvertures de magazine ou de livres, d’où le cadrage vertical. Le cadrage horizontal est bien plus difficile car le champ angulaire est plus petit qu’en vertical : les conditions de mer doivent être parfaites.


Bracketter les cadrages verticaux ou horizontaux trouver les meilleurs compromis.

Le choix de l’exposition
Le choix de l’exposition est certainement le point le plus difficile à maîtriser. En effet, l’écart de lumière entre le milieu aérien et le milieu marin est différent suivant les régions du monde. Par exemple, en mer rouge, la différence est de 1EV (ou 1IL). Dans ce cas, l’exposition des photos est bien équilibrée entre la partie aérienne et la partie sous-marine. C’est dans ce type de milieu marin que les photos mi-air mi-eau sont les plus faciles à réaliser. Le mode central pondéré ou le mode matriciel peut être utilisé. Il suffit de bracketter les images pour obtenir le bon résultat.

Dans certaines régions de la Bretagne ou en Normandie, cette différence peut atteindre 3 à 4EV. Avec une telle différence, si c’est l’exposition aérienne qui est privilégiée, la partie sous-marine sera complètement sombre. Si c’est l’exposition sous-marine qui est privilégiée, la partie aérienne sera complètement surexposée. Pour composer cette différence d’exposition vous pouvez utiliser un ou deux flashs pour éclairer la partie sous-marine. Un autre moyen pour atténuer cette différence d’exposition entre les deux milieux est placer un filtre dégradé gris qu’on utilise en photo terrestre devant l’objectif. Son intensité, qui se mesure en pourcentage ou en X (c’est la lettre alphabétique) : tout dépend des constructeurs (par exemple chez B+W, « 25 % » signifie une diminution de 4 EV). Avec un tel filtre placé sur votre appareil, vous changez l’intensité de la partie air de votre photo. Cette méthode n’est valable que si vous ne faites que de la photo mi-air mi-eau, car il est impossible de prendre des photos sous-marines avec une telle configuration. Cette solution ne peut pas être utilisée sur des objectifs fisheye qui ont une forme bombée sur laquelle on ne peut pas visser de filtre. Le mode de calcul d’exposition matricielle est le seul utilisable avec un si grand écart entre les deux milieux car l’appareil va prendre plusieurs points dans toute la photo pour calculer l’exposition optimale.


La mangrove est un lieu de plongée où les différences d’exposition sont importantes entre l’air et le sous-marin. Nous avons privilégié l’aérien.

La mise au point
La mise au point doit être effectuée sur le sujet le plus proche de l’objectif qu’il soit terrestre ou sous-marin. La profondeur de champ doit être maximale pour que tous les plans du sujet à l’arrière plan soient nets. Par exemple, si le sujet est un plongeur et que la partie terrestre est un phare, il faut absolument effectuer la mise au point sur le plongeur et fermer l’objectif pour avoir une profondeur de champ permettant d’avoir le phare aussi net que possible. Si le sujet principal est un bateau à la surface de l’eau et que le sujet sous-marin soit un banc de poissons ou un tombant situé plus loin que le bateau, vous devez effectuer la mise au point sur le bateau avec une grande profondeur de champ pour avoir le tombant aussi net que possible. Les objectifs de type fisheye ont naturellement des profondeurs de champ importantes, une valeur de f/8 est souvent suffisante pour obtenir de bons clichés.

Conclusion
La réalisation d’une bonne photo mi-air mi-eau nécessite une parfaite préparation et de bonnes conditions météorologiques. Ce type de cliché ne s’improvise pas et demande un entraînement en piscine par exemple. Il est très facile de trouver des apnéistes ou des plongeurs qui s’entraînent : ce sont des sujets sous-marins idéals. Durant les séjours de plongée, il faut profiter des criques et des eaux peu profondes pour réaliser des photos exceptionnelles. Attention à bien respecter le milieu lorsque vous avez pied : ne marchez pas sur les coraux ou des éponges. Respectez toujours l’environnement lorsque vous prenez des photos.


La piscine reste un endroit privilégié pour s’entraîner et apprendre la technique du mi-air mi-eau.

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