Le premier reflex Numérique immergeable

Texte et photos de Amar Guillen

12 ans après la disparition du mythique Nikonos RS, un constructeur a décidé de parier sur la construction d’un reflex numérique complètement immergeable.

C’est à l’occasion d’un voyage en Egypte que nous avons eu l’occasion et la très grande surprise d’assister à une plongée test de cet appareil révolutionnaire. C’est en avant première et en exclusivité pour le magazine en ligne Plongeeonline.com que nous dévoilons les premières photos de la « bête » en action.

Les premiers appareils numériques immergeables ont été inaugurés par Olympus avec sa gamme Olympus 770 SW, 760 SW qui pouvaient aller jusqu’à une profondeur de 10 mètres sans caisson étanche. Cette petite révolution subaquatique était restée sans suite de la part des plus grands constructeurs d’appareils numériques à cause des problèmes d’étanchéité.

La plus grande gageure concernait notamment les reflex numériques : comment réaliser un système complet avec objectifs interchangeables pour le milieu marin et avec une qualité égale à celle obtenue avec les appareils dans des caissons coûteux ? En effet, le coût de l’achat d’une configuration est sans nul doute l’obstacle le plus important pour de nombreux plongeurs qui hésitent à franchir le pas qui les sépare entre l’utilisation d’un compact ou d’un bridge vers le reflex. Par exemple, pour un boîtier reflex coûtant 1500 euros, le prix du caisson s’échelonne entre 1300 et 2500 euros en fonction du constructeur. A ce prix, il faut ajouter un ou deux flashs et les deux bras associés, plus un hublot plan pour la macro et un dôme pour les objectifs grand angle. Au final, le coût total d’une configuration complète peut atteindre plusieurs milliers d’euros et bien souvent les plongeurs n’effectuent que 50 à 60 plongées par an. Le coût de revient d’une plongée est alors important. Le rêve de tous les photographes sous-marins est en passe de devenir une réalité et nous l’avons vu en action : le premier reflex numérique immergeable qui fonctionne aussi bien sous l’eau que sur terre.

Nous plongions dans la région de Hurghada et pour le dernier jour de notre séjour Egyptien, nous avions demandé à remonter un peu plus au Nord pour aller photographier une nouvelle fois, la fabuleuse épave du Ghiannis D. Lorsque nous sommes arrivés sur le site, d’autres bateaux étaient déjà présents et nous avons décidé avec l’ensemble du groupe de décaler l’heure de notre de plongée pour être seuls sous l’eau. Les plongées sur l’épave du Ghiannis D. ne peuvent s’effectuer que par bateaux semi-rigides comme des Zodiac. En effet, à cause de la houle et du récif très proche et très dangereux, il est impossible pour les gros bateaux de plongée de s’ancrer directement sur le site. A bord de notre Zodiac très secoué par la houle très forte avec des creux de 1 à 2 mètres, nous nous apprêtons à nous mettre à l’eau quand nous voyons arriver un autre Zodiac à toute vitesse avec un matelot qui nous fait de grands signes.

Nous n’avons pas pris le temps de l’attendre : à cause de la houle, nous avons tous fait une bascule arrière comme un seul homme. Lors de notre descente, nous apercevons deux plongeurs très occupés sur le haut de l’épave. Je m’approche alors et j’aperçois que l’un deux utilise un reflex numérique sans caisson pour faire des photos sous l’eau. Ce reflex est équipé d’un objectif macro.
Je vérifie mon ordinateur de plongée pour savoir si je ne suis pas victime d’une narcose due à la profondeur et je lis
10 mètre.
Je ne suis pas en train d’halluciner : un photographe est en train d’utiliser un reflex complètement étanche. Je ne me pose pas de questions et je règle immédiatement mon appareil photo équipé d’un super grand angle et de placer mes deux flashs. J’ai juste le temps de prendre 3 photos avant que le second plongeur qui accompagne le photographe se précipite vers moi telle une furie pour me demander d’arrêter de prendre des photos. Il  veut me saisir mon caisson mais je parviens à l’en empêcher en m’éloignant rapidement.
Je n’ai pas envie de demander des explications car il est très furieux et je me demande ce qui lui prend. J’ai trop peur pour mon équipement et je préfère le mettre en sécurité. Le plongeur rejoint son binôme et ils décident alors de remonter. Je décide de les accompagner pour en savoir plus car ma curiosité a été piquée. Au palier de sécurité, je conserve mes distances et nous effectuons les cinq derniers mètres en respectant une vitesse de
8 mètres par seconde. Le temps me semble infini et j’ai l’impression d’avoir assisté à quelque chose de complètement extraordinaire et de révolutionnaire.
Arrivé à la surface, je regarde les deux plongeurs distants de quelques mètres ; la houle est terrible et je parviens à articuler quelques mots en français qu’ils ne comprennent pas ; je tente alors l’anglais et cette fois, le plongeur qui utilisait l’appareil me répond. Leur Zodiac arrive et ils m’invitent à monter avec eux. J’hésite, car je dois donner mon caisson au matelot du le bateau mais je n’ai pas le choix si je veux en savoir plus. Une fois sur le Zodiac, les deux plongeurs se révèlent être deux Américains travaillant pour un constructeur d’appareil photo dont nous ne pouvons divulguer le nom. Ils m’invitent sur leur bateau de plongée pour discuter.
Ils sont en phase de tests et ils parcourent différents océans pour terminer la mise au point du premier reflex numérique complètement immergeable. Sur le bateau, des ingénieurs derrière des ordinateurs et toute une armada de techniciens : c’est impressionnant.
Je ne suis pas autorisé à en voir plus et c’est sur le pont arrière que va se dérouler la conversation pendant les minutes suivantes. Je leur apprends que je suis un photographe professionnel qui travaille aux Etats Unis et que j’ai publié plusieurs livres sur la photo numérique sous-marine et que j’écris de nombreux articles techniques sur le sujet. Je leur explique que c’est pour cette raison que j’ai réalisé ces photos. Le courant passe et finalement j’arrive à négocier le fait de conserver les clichés mais je ne dois pas citer la marque du constructeur car l’appareil est toujours en phase de test et il devrait sortir que dans un an. Ils me donnent cependant oralement, quelques caractéristiques techniques du boîtier :

  • appareil de type reflex numérique avec objectif interchangeable : 2 objectifs sont prévus pour l’instant. Des filtres orange spécialement dédié à la prise de vue en lumière naturelle seront proposés.
  • Etanche à 60 mètres.
  • Capteur CCD d’une résolution de 12 mega pixels avec une taille de 23,9mm par 15,9 mm (ration 3 :2) et facteur de recadrage de 1,5.
  • Flash intégré fonctionnant sous l’eau.
  • Possibilité de brancher un flash externe sur le côté ou deux avec une prise en T.
  • Formats JPEG et RAW disponibles.
  • Autofocus à 9 points.
  • Compensation de l’exposition de -2 à +2EV.
  • Vitesse de synchronisation du flash 1/250ème seconde.
  • Une platine sera disponible pour fixer les flashs externes éventuels.
  • Poids sur terre : 700 grammes.
  • Poids sous l’eau : légèrement négatif.
  • Un mode rafale en sous-marin égal à 3 images par seconde : idéal pour les mammifères marins en mouvement.
  • Le système de miroir sera garanti pour 100 000 photos.

Je n’en saurai pas plus même si j’ai des dizaines de questions à poser notamment sur les questions d’étanchéité et la sensibilité mais je sens que je dérange. J’ai l’impression de vivre un rêve tout éveillé car je suis en train de vivre la prochaine révolution de la photo sous-marine. Après les reflex numériques sous-marins en caisson, voici enfin le premier reflex immergeable. On me demande alors de partir car du travail les attend et ils en ont déjà dit beaucoup trop !

De retour sur le bateau, je rejoins le groupe et je leur raconte l’histoire extraordinaire que je viens de vivre. Il n’y a que des photographes à bord et la forme des bouches est un O tellement la surprise est énorme. Notre directeur de plongée vient m’expliquer que le Zodiac qui nous avait accosté, venait nous demander de ne pas plonger et d’attendre la remontée des plongeurs. Ils avaient aussi fait le choix de plonger avec des heures décalées pour éviter les curieux. Pas de chance pour eux et un bonheur immense pour nous !

De retour en France, j’appelle Philippe Sénik, de Plongeeonline.com pour lui demander la permission de cet article sur cette histoire incroyable et c’est avec joie qu’il me donne la permission. Nous n’en savons pas plus aujourd’hui et je dois avouer que nous attendons tous l’annonce ce nouveau boîtier futuriste qui va enfin permettre à l’ensemble des plongeurs sous-marins de disposer d’un appareil photo pour un prix que nous espérons abordable: Sortie prévue 1er avril 2009.

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