Remise à neuf de la Calypso à Concarneau

Texte et photos de Laëtitia Scuiller

Son destin est digne des plus grandes stars d’Hollywood. Après avoir parcouru les océans sous les projecteurs pendant 46 ans, la Calypso s’est vue tristement échouer dans le port de Singapour avant de croupir pendant dix ans dans celui de la Rochelle. Rongée par la rouille et victime d’une querelle judiciaire, l’égérie des plongeurs touchait le fond. Mais c’était sans compter sur la résistance de la grande Dame, qui est parvenue en novembre dernier à reprendre la mer jusqu’aux côtes bretonnes, où elle suit depuis une cure de jouvence.

L’opération de la dernière chance

Elle gît dans un hangar au fond du port de Concarneau, plus ou moins à l’abri des regards derrière une barrière grillagée. Elle fait peine à voir avec son nez démantelé coulant de rouille, sa coque pelée toute balafrée et sa structure décharnée piquée d’étais qui la soutiennent… On est pourtant vite rassuré sur le sort de la star des océans : malgré son piteux état, la Calypso est entre de bonnes mains.

Pour le commandant Patrice Quesnel, membre de l’équipe Cousteau et chargé du suivi de l'opération, le choix du chantier s’est vite imposé. « D'une part, les chantiers Piriou et les charpentiers de marine de Douarnenez sont spécialisés dans la restauration des navires historiques en bois et des bateaux de la Royale. Par ailleurs, leur proximité avec le port de la Rochelle nous a définitivement convaincus. » Après avoir obtenu la propriété de la Calypso en avril 2006 par la cour d’appel de Paris, Francine Cousteau, la veuve du commandant décédé en 1997, a décidé de ces travaux et du remorquage jusqu’à Concarneau. Un mécène privé et anonyme la soutient pour sauver l’ancien dragueur de mines. Tout comme la Fédération française de plongée, qui, depuis juin 2006, relaie la souscription lancée par l’équipe Cousteau auprès des particuliers et des entreprises. D’après Francine Cousteau, une fois restaurée, la Calypso devrait « faire l'objet d'expositions muséographiques relatant son histoire au service de la science et de l'éducation. »

Michel Le Reste, maître d’œuvre de la Finistérienne de construction et de réparation navale (FCRN), une filiale du groupe Piriou, s’est rendu à La Rochelle pour superviser la consolidation du bateau. « Il était temps de la sauver : six mois plus tard c’était foutu ! » Afin d’assurer le convoyage, le bateau a été allégé puis étanchéifié et sa coque doublée avec du contreplaqué croisé pour renforcer sa structure. «  Je ne peux affirmer aujourd’hui qu’il n’y avait aucun risque, mais toutes les conditions étaient réunies pour faire ce voyage de 200 miles nautiques, la preuve, on est arrivé à bon port sans problème. »

Remise à l’eau en juillet 2009


Michel Le reste maître d’œuvre de la Finistérienne de construction et de réparation navale (FCRN), le commandant Patrice Quesnel, membre de l’équipe Cousteau et l’expert rochelais Pierre Cordelle.

D’après Patrice Quesnel, c’est la partie arrière qui a le plus souffert. « En général, les gens s’attendent au pire, et au final, ils sont surpris et émus en voyant la Calypso sur le chantier. » Pour Michel Le Reste, tant que les œuvres vives (partie de la coque située sous la ligne de flottaison) sont en bon état, tout est possible. Et en matière de vieux bâtiment, le maître d’œuvre de ce chantier en connaît un rayon, comptant à son actif la rénovation de l’Étoile et de la Belle-Poule, les deux goélettes emblématiques de la Marine nationale. Un constat que partage Bruno Janik, maître d’œuvre des charpentiers de marine de Douarnenez, qui confirme avoir restauré des bateaux en bien pire état que celui-ci, comme le Mutin, un côtre de l’École Navale.

« Le bateau devrait être prêt pour l’été 2009 et l’idéal serait de le remettre à l’eau le 21 juillet, soit soixante-sept ans après sa première mise à l’eau ! » s’enthousiasme le commandant Quesnel. Également présent sur le chantier, l’expert rochelais Pierre Cordelle, attaché au bateau depuis sa première inspection à La Rochelle, sort son opinel pour effectuer le fameux test du couteau et vérifier la qualité du bois de la coque. «  Le bois du pavois qui enserre le haut de la coque a beaucoup souffert puisqu’il était plus exposé aux intempéries, mais le reste de la coque est plutôt en bon état » conclut-il en observant la lame de son couteau restée sèche. « La partie supérieure construite à l’origine avec du pin d’Orégon va être remplacée par du mélèze qui a l’avantage de pousser en France et de posséder les mêmes propriétés » complète aussitôt Patrice Quesnel.

Malgré ces bilans plutôt encourageants, il reste encore une quinzaine de mois de labeur à l’équipe du chantier, composée de neuf charpentiers et de quatre ouvriers de chez Piriou. Après avoir vidé et nettoyé les cuves, pelé la coque puis démonté tous les appendices, les travaux de rénovation ont pu commencer en mars dernier. « Nous travaillons en parallèle avec les charpentiers de marine qui s’occupent des structures de bois, tandis que nous nous concentrons sur les parties métalliques » explique Michel Le Reste en montrant le squelette de la poupe. « On a commencé par rehausser la voûte arrière de 45 cm, car elle s’affaissait dangereusement. Ce qui a permis au bateau de retrouver son équilibre. » Entre coups de marteaux, bruits de soudures et odeurs de sciure, l’animation bat son plein sous le hangar où trône la grande Dame et où s’activent les ouvriers, qui n’ont qu’un seul but en tête : redonner tout son éclat et sa jeunesse à la Calypso. « C’est un challenge permanent car nous avons l’intention de la remettre dans son état d’origine » précise le maître d’oeuvre qui attend avec impatience les plans du chantier naval de Seattle où il fut construit (lire notre article), et qui s’inspire des films et photos archivés de la grande époque de Cousteau pour retrouver l’emplacement exact du mobilier et des diverses pièces. « Les cabines, le laboratoire, le carré, la cuisine avec le trou des plongeurs descendant à plus de 4 mètres vers le fond du bateau : nous allons tout reconstituer à l’identique ! » Une recherche passionnante pour le maître d’œuvre, qui s’est même fait conseiller par un jeune stagiaire charpentier passionné par la Calypso au point d’en avoir réalisé plusieurs maquettes…


Norbert Nigues, plongeur passionné de la pointe rouge et ami d’Alert Falco, chef plongeur puis capitaine de la Calypso, a fait le déplacement depuis Marseille pour voir le bateau mythique et pour manger des ormeaux !

 Un chantier décidément à part, qui bien que situé au fin fond du port de Concarneau, ne manque pas d’attirer les fans des quatre coins du pays, voire de l’étranger ! Le nom « Calypso » inscrit sur les bennes à déchets a même été supprimé, pour éviter le chapardage des vieilles pièces rouillées, souvenirs impérissables des expéditions mythiques… Reste à espérer qu’un fois remise à flot, la Calypso pourra jouer pleinement son rôle d’ambassadeur des océans en inspirant de nombreux plongeurs à respecter les fonds marins et à poursuivre l’exploration sous-marine.


Chaque jour, les visiteurs curieux se pressent derrière les barrières grillagées pour voir la Calypso et suivre l'avancée des travaux.

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