Quels produits de la mer pour un réveillon écolo ?

Texte et photos Laëtitia Scuiller

Les fêtes approchent à grands pas. Pour profiter pleinement des agapes de fin d’années sans culpabiliser et sans participer au pillage des océans (en Europe, 81 % des stocks exploités sont surpêchés), les amateurs de produits de la mer peuvent agir en faisant les bons choix lors de leurs courses ou au restaurant… Des guides de consommation sont dorénavant à la disposition du grand public tandis que la filière pêche s'engage vers l'écolabellisation dans le même but d'informer les consommateurs.


Le WWF recommande de favoriser lignes et casiers, qui ont un impact moindre sur les autres espèces et sur l’environnement.

Pour noël, haro sur le saumon d’Atlantique, mollo sur le homard et les coquilles St Jacques et place aux huîtres de nos côtes et aux crevettes de Madagascar… Afin de sensibiliser les consommateurs, la Fondation WWF-France lance un "conso-guide" pour faciliter l'achat de poisson chez le poissonnier comme dans la grande et moyenne distribution.

Un guide pour consommateur durable

La réglementation européenne impose l’étiquetage des produits de la mer (nom de l’espèce, zone de capture, pêche en mer, produit d’élevage), mais nous avons tous pu nous apercevoir que cet étiquetage est insuffisant sur les étals pour nous permettre de faire les bons choix par rapport à la situation réelle des océans. Pour palier à ce manque d'information, WWF-France a conçu un mémento en deux pages de format poche qui sera distribué à partir du mois de janvier 200prochain à plus d'un million d'exemplaires.

Le guide classe les poissons, coquillages et crustacés en trois catégories en fonction de l'état des stocks dans le monde. Dans la liste des produits de la mer " à éviter " figurent les poissons surpêchés tels que le thon rouge de Méditerranée, victime de la sushi mania et dont les scientifiques annoncent la disparition dans deux ans. Le cabillaud, dont on ne connaît que trop la triste histoire, est également concerné ou encore les espèces des grandes profondeurs particulièrement vulnérables telles que l'empereur, le grenadier de roche ou le sabre noir, sans oublier les requins disposés sur les étals sous les appellations d'aiguillats ou de vaux de mer.
Les poissons qui rencontrent des problèmes dans les élevages ou les pêcheries sont classés quant à eux dans la liste des produits " à consommer avec modération ". Y figurent le homard, la coquille St Jacques, les calamars, la lotte ou la langoustine. Ces derniers étant plus un choix secondaire par rapport aux espèces de la liste des produits de la mer " à privilégier " qui recense les poissons ne souffrant pas de surpêche ou dont l'élevage est bien géré, comme l'huître, l'araignée, la moule, la crevette grise ou encore le saumon et le cabillaud.
Mais là ça se complique un peu puisque le guide incite le consommateur à regarder la provenance et la classification "produit d'élevage" ou "produit sauvage". Ainsi, le saumon et le cabillaud du Pacifique sont dans la catégorie « à privilégier », mais les mêmes espèces en provenance d'Atlantique Nord sont fortement déconseillées à la consommation. De même le merlu de l’Atlantique nord et le bar de chalut sont mal classés mais le merlu blanc du Cap et le bar de ligne peuvent être consommés.


Pourtant d'après Philippe Vallette, co-Président du Réseau Océan Mondial, qui animait à ce titre un forum sur ce thème lors du festival de l'image sous-marine d'Antibes, l'élevage n'est pas non plus une solution. " La plupart des poissons d'élevages sont carnivores et pour produire 1 kg de ces prédateurs, il faut entre 3 et 7 kg de poisson sauvage pour obtenir les farines et huiles qui les nourrissent " a expliqué à l'assemblée le Directeur Général de Nausicaa. " Par ce système, on préserve une catégorie d'espèces en épuisant une autre catégorie pourtant tout aussi nécessaire à l'équilibre de l'écosystème. "

L'éco-certification plutôt que le principe de liste

Par ailleurs, si le conso-guide a le mérite d'informer efficacement le consommateur, il a le tort de condamner les pêcheurs en simplifiant une situation où le cas par cas prédomine. " Une espèce de poisson peut être en danger dans une certaine zone géographique mais pas dans une autre. Par exemple, le stock de sole est plus fragile dans le golfe de Gascogne alors qu’il n’y a pas de problème en Manche " précise Philippe Vallette qui s'est joint au comité national des pêches CNPMEM et à Findus (l'un des plus gros acheteurs de poisson en France) pour faire connaître son désaccord contre le principe de listes classant les espèces de poissons en « à privilégier, à consommer avec modération, et à éviter ».
Pour les trois détracteurs, si le consommateur doit avoir une consommation responsable, il est de la responsabilité de la filière pêche de répondre aux attentes de ce dernier en lui garantissant que les produits qui lui sont proposés ne soient pas menacés. " Car condamner une espèce, c'est condamner les pêcheurs qui en vivent et qui exploitent durablement certains stocks de cette espèce."
C’est dans cette perspective que le comité national des pêches CNPMEM, l’OFIMER, Nausicaa et Findus se sont regroupés pour intensifier l'information sur la consommation durable de poissons et pour engager la filière vers le concept de pêche responsable et/ou durable porté par l’écolabel MSC. Ce logo est actuellement le seul reconnu internationalement et s'il commence à apparaître sur des emballages de surgelés préparés à partir de poisson importé, aucune pêcherie française n’est encore labellisée. Aujourd'hui, cinq d'entre elles sont candidates à une écocertification : Sardine de Bolinche, Crustacés de casier, Langouste de Corse, Coquille Saint-Jacques et Langoustine du golfe de Gascogne.

Avec cet engagement d’écolabellisation, la filière pêche s’implique peu à peu dans une démarche de progrès qui vise à proposer au consommateur des produits responsables qui, à terme, devraient devenir les standards du marché. En les accompagnant dans leur démarche, Findus fait évoluer l’intégralité de leur production vers la pêche responsable.

Adopter les bons réflexes responsables

En attendant la concrétisation de cette démarche, tout citoyen responsable peut commencer à agir dès les fêtes de fin d’année en s'informant. Greenpeace propose par exemple un calendrier pour respecter les périodes de reproduction des poissons en fonction des espèces dans son guide " Et ta mer, t’y penses ? "

Le centre de découverte de la mer de Nausicaa fait régulièrement intervenir des acteurs de la filière pêche qui recommandent les comportements responsables à adopter :

- Diversifier nos choix : une liste de poissons sauvages d’origine Atlantique Nord-Est a été dressée pour l’hiver 2006/2007 et recommande entres autre la consommation de lieu noir, de l’églefin, de l’encornet, de la sole, du hareng (source IFREMER). En variant autant que possible les espèces que l’on consomme, on participe à la création d'un marché pour les poissons les moins demandés. De même, on allège la pression sur les espèces les plus prisées, souvent menacées par la surpêche.
- Acheter du poisson sauvage à la bonne taille, c'est-à-dire après qu'il se soit reproduit.
- Acheter du poisson issu de stocks encore abondants et dont la capture est autorisée.
- Acheter des produits d'élevages respectueux de l'environnement (s'informer sur les rejets ou l'alimentation des poissons).
- N’acheter pas seulement des filets de poisson, mais aussi des produits qui valorisent les autres parties de l'animal : charcuteries de poisson, terrines, soupes...
- Acheter des produits de la mer pêchés localement est non seulement un gage de fraîcheur mais assure aussi un transport limité, donc moins d’émissions de CO2. Si l’indication de l’origine des produits sur les étiquettes est vague, n'hésitez pas à interroger le poissonnier...

 

Sachant que la consommation mondiale de poissons a augmenté de 64 millions de tonnes en 50 ans et que nous serons bientôt 9 milliards d'habitants sur terre, il est urgent de modifier notre mode de consommation. Le gouvernement français réfléchit, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, à la création d’un “écolabel français” pour promouvoir une “pêche durable”. En attendant les résultats de l'inévitable étude de faisabilité, faites les bons choix de consommation et passez un bon réveillon !

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