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Les bateaux à Shaab Samadai en avril 2003. © Patrick Louisy
Problèmes à Dolphin House
Shaab Samadai (dolphin House), avril 2003. 10 à 20 bateaux fréquentent le site, amenant des plongeurs (qui font 2 plongées sur le récif, et passent environ 1 heure avec les dauphins), et de plus en plus de “ snorkeleurs ” venant pour les dauphins. Les 2/3 du lagon sont interdits à toute navigation, et seuls des nageurs ou plongeurs libres peuvent y pénétrer (pas de bouteille). Les annexes amènent les clients en limite de zone, les bateaux mouillant un peu plus loin. Quelques centaines de personnes fréquentent chaque jour le lagon.
En août et septembre, la sur-fréquentation devient patente : 20 à 30 bateaux, déversant 600 à 800 personnes, en majorité snorkeleurs. Cette affluence entraîne une concurrence : certains bateaux mouillent en limite de zone interdite, vite imités par leurs collègues, et c’est bientôt une véritable barrière flottante qui ferme le lagon. Au point que les dauphins préfèrent souvent rester à l’extérieur, attendant qu’on veuille bien leur libérer la place…

Un dauphin face à des « snorkelers » certes émerveillés, mais énervés, tentant de poursuivre l’animal. Aucun savoir-vivre ! © Patrick Louisy
C’est ainsi qu’au moment où l’équipe de voyageurs BSM entame son étude des dauphins de Shaab Samadai, en octobre 2003, le Gouverneur de province chargé de la Mer Rouge décide brutalement d’interdire l’accès au lagon. Il s’agit là d’une mesure conservatoire, en attendant de mettre en place une réglementation permettant de garantir une tranquillité suffisante aux dauphins.
De fait, les résultats de notre étude viendront conforter le principe du dispositif proposé par Hossam Helmy, l’une des figures de la plongée dans le sud égyptien et ardent défenseur d’une politique de développement durable dans la région.
La réglementation
Janvier 2004. Après 3 mois d’interdiction totale, le lagon de Shaab Samadaï est à nouveau accessible, mais dans des conditions désormais contrôlées et réglementées :
- délimitation d’une zone inaccessible à l’homme (incluant la zone de repos préférée des dauphins),
- ouverture du reste du lagon aux seuls “ snorkeleurs ” (nageurs PMT), mais pas aux embarcations,
- instauration d’une taxe de 15 $ pour les personnes entrant dans le lagon (devant permettre de financer le balisage, le contrôle et le suivi du site).
L’objectif est de limiter la fréquentation du site à 100 snorkeleurs par jour dans le lagon, et 100 plongeurs par jour sur les récifs externes.
Trois ans plus tard, même si une polémique existe quant à l’utilisation et à la redistribution des taxes collectées, les dauphins sont à l’abri de la surfréquentation humaine.
On peut même se demander s’ils ne le sont pas un peu trop… En effet, les limites décidées par les autorités ont été placées un peu « larges ». C’est louable sur le principe (mieux vaut réserver aux dauphins un peu trop d’espace plutôt que pas assez), mais cela a entraîné des effets inattendus. Quelques mois après la mise en place de la réglementation, quelques « anciens » du voyage BSM d’étude des dauphins, sont retournés à Shaab Samadaï. Ils ont alors découvert que les bouées installée par les autorités pour délimiter le secteur interdit étaient placées presque en sortie de lagon, bien trop loin de la zone qu’occupent naturellement les dauphins. Les cétacés sont bien là, dans le lagon, mais ils restent invisibles aux snorkeleurs qui les attendent en limite de zone autorisée. Finalement, c’est en plongée, sur les pointes extérieures du récif, que nos amis verront quelques dauphins. Comme si les animaux, s’ennuyant tout seuls dans leur lagon, étaient venu chercher là de la compagnie, ce qu’ils ne faisaient jamais auparavant.

Comparaison entre la délimitation des zones réglementaires proposée à l’issue de notre étude BSM de 2003 et celle effectivement mise en œuvre (positionnement approximatif d’après observations sur place). © P. Louisy/Peau-Bleue
La réglementation en place n’est probablement pas néfaste pour les dauphins, mais la possibilité de les rencontrer est devenue très réduite : on ne voit au mieux que des petits groupes pour un court moment, en transit ou en excursion passagère. Un positionnement plus précis des limites aurait sans doute permis un meilleur équilibre entre la nécessaire tranquillité des dauphins (en phase de repos) et l’émotion de la nage avec les dauphins. A titre personnel, je le regrette, et je ne peux m’empêcher de me demander si les dauphins n’en sont pas aussi frustrés que moi…
Conseils d’approche
Car les dauphins à long bec, dans certaines circonstances au moins, semblent apprécier la présence humaine, comme on peut encore le constater à Shaab Sataya, que son éloignement maintient à l’abri de l’affluence humaine sans qu’il soit besoin de mesures réglementaires.
Il faut simplement ne pas perdre de vue que nous nous invitons dans leur monde : une question de respect en quelque sorte… Ainsi mieux vaut éviter tout comportement susceptible de heurter leur sens de l’esthétique et de l’harmonie : cris, gesticulations et nage éclaboussante sont évidemment à proscrire. Souvenez-vous également que l’émission de bulles est chez eux signe d’agressivité. Alors, attention aux messages que vos mouvements mal contrôlés pourraient véhiculer !

Poursuivre des dauphins à toute vitesse ne vous permettra jamais de rattraper un dauphin ! alors, prenez le temps de les voir passer…. © Patrick Louisy
Vous l’avez compris dans cet article, les dauphins à long bec se rassemblent dans le lagon pour se reposer. Cela ne servirait à rien de chercher à les approcher dans leurs périodes de repos car ils sont alors fuyants. Attendez qu’ils entrent en phase d’activité, et vous aurez alors toutes les chances que les dauphins s’intéressent à vous.
Pour résumer, quand vous croisez des dauphins, quelles que soient les circonstances, dites-vous qu’ils sont chez eux, et que c’est à eux de décider de la rencontre… Ils sont parfois curieux et d’humeur joueuse, parfois en repos ou en déplacement, c’est leur affaire. En surface, n’essayez pas de les poursuivre (vous ne gagnerez jamais la course), mais nagez plutôt parallèlement à eux. S’ils sont curieux, ils reviendront. Et s’il vous arrive de croiser des dauphins en plongée, surtout ne vous énervez pas ! Restez calme, respirez lentement, et admirez… Le souvenir de cet instant vaudra toutes les photos que vous auriez pu rater dans votre précipitation.
Participer à l’étude des dauphins
Vous aimeriez vous aussi participer à l’étude des dauphins, découvrir une dimension supplémentaire à la rencontre avec ces animaux extraordinaires ?
© Patrick Louisy
L’association Peau-Bleue vous propose (en partenariat avec Blue Lagoon) d’étudier les dauphins à long bec dans le lagon du récif de Shaab Sataya sous la direction du scientifique Patrick Louisy. Au programme, le suivi en continu de leur comportement et de leur répartition dans le lagon, en surface et dans l’eau, mais aussi de somptueuses plongées dans les récifs préservés des Fury Shoals. Une action en équipe, un partage de passion…
Prochain voyage prévu : 23-30 mai 2008 (1345 euros tout compris).
Ce voyage s’adresse à des plongeurs déjà autonomes (niveau 2 avec un peu d’expérience), mais nul besoin de connaissances particulières en biologie marine : l’important, c’est la passion et l’envie de découvrir !
Pour en savoir plus, rendez vous sur le site
Renseignements et inscriptions : Blue Lagoon, 81 rue Saint Lazare, 75009 PARIS - Tél. 01 44 63 64 11 - E-mail : osman.ersen@marmara.com
Renseignements naturalistes : bio.marine@wanadoo.fr

Voyageurs BSM en plein travail d’observation des dauphins : quand la passion est à l’œuvre… © Patrick Louisy
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