Chaud les coraux !
Un monde précieux en sursis

Texte de Laëtitia Scuiller
Photos
© Benoit Facchi

20% des récifs coralliens de la planète se sont déjà éteints et cette part pourrait doubler dans un avenir proche si nous ne faisons rien. Le parc Océanopolis de Brest vient de lancer une nouvelle exposition en collaboration avec le photographe sous-marin Laurent Ballesta, dans le cadre de l’Année Internationale des Récifs Coralliens. Pour aider à protéger cet univers aussi précieux que fragile, le centre de découverte marin compte sur la sensibilisation et l’éducation du public. Car pour avoir envie de protéger, il faut d’abord connaître et aimer. À l'aide de visuels projetés ou rétro-éclairés, de maquettes et d'espaces interactifs, l'exposition nous plonge au coeur de ses trésors sous-marins pour en admirer leur beauté et prendre la mesure de leur importance pour notre planète.

On le prend souvent pour une fleur ou une pierre, ses constructions sont visibles depuis l'espace et sont pourtant l'oeuvre d'un lilliputien qui existe depuis près de 500 millions d'années… Le corail est un curieux animal composé d'une colonie de polypes, sortes d'anémones de mer qui vivent en symbiose avec la zooxanthelle, une algue microscopique logée dans leurs tissus...


En 2005, la plongée a rapporté, avec 10 millions de plongeurs, 764 millions d’euros. Les Caraïbes attirent 60% d’entre eux par an.

Un écosystème riche et précieux

Si les récifs coralliens représentent la plus gigantesque construction animale de notre planète, le fonctionnement de cet écosystème n'est pas toujours simple à saisir. Comment ces minuscules polypes parviennent-ils à construire une barrière de corail de plusieurs kilomètres ? De quoi se nourrissent-ils, comment se reproduisent-ils et d'où viennent leurs couleurs arc-en-ciel ? En visitant la nouvelle exposition du parc Océanopolis, nos lanternes sont vite éclairées. Située sous un chapiteau de 450 m2, la visite s'articule autour de trois espaces, chacun remarquablement illustré par les visuels sous-marins de Laurent Ballesta. Tantôt projetées dans des cadres ou rétro-éclairées sur des toiles, les images de l'artiste des océans sont un hymne à la beauté des récifs coralliens.


Sur 1 kilomètre carré de récifs coralliens vivent plus d'espèces que sur l'ensemble des côtes européennes / La maquette de polype surprend les visiteurs par sa taille dès le début de la visite.

Clé de voûte de ces milieux marins, le polype est présenté sous toutes ses coutures et en grand format pour rendre justice à ce minuscule animal qui est pourtant l'un des plus grands bâtisseurs de notre terre -les pyramides sont moins visibles de la lune que les barrières de corail ! L'accent est également mis sur l'interactivité des récifs coralliens avec la faune et la flore marines. Véritable nursery marine, les récifs constituent une zone de refuge et de reproduction idéale pour des milliers de poissons. Selon les scientifiques, sur les 275 000 espèces sous-marines répertoriées, 100 000 vivent dans les coraux et 900 000 resteraient à découvrir... Une richesse facilement accessible à l'homme qui, dans certaines zones tropicales, en dépend principalement pour se nourrir. Au-delà de la pêche et de l'aquaculture, les récifs coralliens représentent également un potentiel important pour le développement du tourisme. Sur les 20 milliards d'euros par an que rapportent les coraux, 6,4 milliards sont générés par le tourisme et 4 milliards par la pêche commerciale.
Après avoir parcouru le premier espace de l'exposition, on prend la mesure de l'importance des coraux qui, en plus de maintenir l'équilibre de nos océans, font vivre un demi-milliard d'êtres humains.


Il existe près de 800 espèces de coraux répartis sur 6 00 000 km2 de récifs dans la zone Caraïbe et Indo-Pacifique. Avec la Polynésie, les Antilles et la Réunion, la France compte 55 000 km2 de récifs sur 3 océans.

La menace du réchauffement climatique

Si le premier espace invite les visiteurs à baigner dans le décor tropical des récifs coralliens -sable blanc et cocotiers de rigueur-, le second espace les plonge au contraire dans la pénombre, pour insister sur les menaces qui pèsent sur cet écosystème. Des menaces qui, d'après Bernard Salvat, biologiste spécialiste des coraux et parrain scientifique de l'exposition, sont en grande partie dues à l'ignorance et à l'irresponsabilité de l'homme. Les eaux usées, la pollution industrielle et agricole, les apports sédimentaires excessifs dans les zones côtières et une pêche, utilisant des méthodes de plus en plus intensives et nuisibles... Autant de menaces mises en scène à l'aide de visuels frappants des dégâts causés et d'objets symbolisant les attaques du récif -un ventilateur est même utilisé pour représenter les cyclones (clin d'oeil à l'imagination débordante des scénographes...)


" Notre but n'est pas de faire la morale ou de culpabiliser les visiteurs mais plutôt de les responsabiliser " explique Claude Le Miliner, l'un des commissaires généraux de l'exposition, qui s'est appuyé sur les conseils de Bernard Salvat pour le contenu scientifique. " Si Bernard Salvat est inquiet quant aux effets du changement climatique sur les récifs, il ne partage pas pour autant les thèses catastrophiques qui prévoient leur disparition à la fin du siècle. " Pour le spécialiste des coraux, l'élévation du niveau de la mer n'a pas de véritables conséquences sur les récifs, qui compenseront par une croissance adaptée. Le professeur émérite redoute par contre de nouvelles vagues de blanchissement de corail qui ont déjà déclenché en 1998 (phénomène El Nino) l'effondrement des écosystèmes de récifs dans l'ensemble des zones tropicales. " Sous l'effet des eaux qui restent trop chaudes pendant trop longtemps, les coraux expulsent leurs zooxanthelles responsables de la photosynthèse " explique Claude Le Miliner, " ils perdent d'abord leurs couleurs, exposant leurs squelettes blancs et meurent peu après. " Récemment, les scientifiques ont constaté une acidification des océans due à l'augmentation de la température, avec pour conséquence directe, la chute du taux de calcification des coraux. Ces dernières années, le taux de calcification de ces animaux aurait chuté de 20%, mettant en péril la régénération des colonies.


Sur 275 000 espèces répertoriées, 100 000 vivent dans les coraux et 900 000 resteraient à découvrir.

La France au 4ème rang des pays coralliens

Mais alors, peut-on encore protéger les récifs de façon durable ? Oui, il existe des actions qui peuvent être menées pour les préserver ou les réhabiliter. La dernière partie de l'exposition s'attache à présenter ce qui peut être entrepris collectivement et individuellement pour limiter les dégâts. La lumière revient sur un décor à nouveau tropical et le stress s'atténue. Nous voici plongés au coeur de l'outre-mer français qui couvre pas moins de 10% des récifs du monde sur les trois océans. Située au 4ème rang mondial des pays coralliens, la France a une grande responsabilité en matière de protection de ces milieux. Les visiteurs sont invités dans un faré polynésien pour visionner les témoignages de scientifiques et d'habitants ultra-marins et mieux comprendre l'enjeu des récifs pour ces milieux.


Il existe près de 800 espèces de coraux répartis sur 6 00 000 km2 de récifs dans la zone Caraïbe et Indo-Pacifique. La France compte 55 000 km2 de récifs sur 3 océans : Polynésie, Antilles et La Réunion

Depuis 1998, l'initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor) oeuvre auprès des huit collectivités de l'outre-mer pour améliorer la gestion des zones côtières et pour développer les ressources tout en les protégeant. Selon Bernard Salvat, les progrès s'opèrent dès lors que les communautés riveraines et les associations s'approprient la survie et la gestion durable des habitats coralliens et de leurs ressources. Plusieurs exemples significatifs, tels que les succès de la réserve naturelle de la Réunion ou de la réserve de biosphère des atolls de Fakarava en Polynésie, sont autant de preuves que les solutions existent. Avec un objectif de passer de 2% de récifs coralliens protégés à 20% d'ici 2012, la France se réveille enfin pour sauvegarder son patrimoine naturel. L'Agence des aires marines protégées a d'ailleurs été créée l'année dernière à Brest dans ce but et de nombreux projets se concrétisent, comme la réserve naturelle nationale de Mayotte qui protègera près de 12 ha de lagon. L'Ifrecor mise parallèlement sur la recherche scientifique, la promotion du tourisme durable et les actions de sensibilisation et d'information... Telle que l'exposition "Chaud les coraux !" qui atteint son objectif : toucher les visiteurs et les responsabiliser sans le culpabiliser.


Pour finir en beauté le parcours de l'exposition, le visiteur traverse une petite galerie d'art, où les plus belles images sous-marines de Laurent Ballesta sont présentées sur toiles, une initiative originale, mais qui n'a pourtant pas l'effet des tirages sur papier glacé.

Les Secrets de la mer Rouge


À l'occasion de l'exposition "chaud les coraux !", le pavillon tropical a été réactualisé et compte dorénavant un nouvel espace original dédié au jeune public, qui ne manquera pas pour autant de surprendre les adultes. Comment ne pas s'arrêter devant cette immense fresque murale de 120 m2 qui nous transporte directement dans les récifs coralliens de la mer rouge ? Les plongeurs retrouveront l'intensité et la lumière du bleu de ces fonds marins inoubliables et seront émus devant les scènes animalières peintes et le jardin de corail reconstitué dans ses teintes et dimensions réelles... Un pari audacieux relevé avec brio par l'artiste-plongeuse Malvina, qui a développé sa propre technique pour peindre sous l'eau. Pour cette exposition intitulée "Secrets de la mer rouge", l'artiste a gardé les pieds sur terre mais avec la tête toujours dans le bleu. Entre naturalisme et impressionnisme, la fresque illustre admirablement la richesse des fonds de la mer rouge et l'ambiance lumineuse et foisonnante qui y règne.

Au royaume du Nautile


Jean-Paul Alaise, directeur scientifique d'Océanopolis, et Antoine admirent le cliché du nautile avec ses 90 tentacules sortis (!) que Laurent Ballesta a rencontré au cours de sa dernière expédition à Lifou en Nouvelle-Calédonie. © Laëtitia Scuiller

Afin de proposer une animation inédite tout en illustrant la biodiversité des milieux coralliens, Océanopolis a produit un documentaire avec l’œil d’Andromède, l’association de Laurent Ballesta et de Pierre Descamp. " Nous voulions leur proposer quelque chose de nouveau avec un parfum d'aventure " explique Laurent Ballesta, ravi de sa collaboration avec l'équipe d'Océanopolis, avec laquelle il partage " la même fibre naturaliste et la même passion pour le milieu marin ". Pour raconter une belle histoire de coraux, le choix s'est porté sur Lifou, situé dans les îles de la Loyauté, à l'est de la Nouvelle-Calédonie. D'après le photographe sous-marin, " Lifou est un lieu unique d'un point de vue écologique. Ancien récif autrefois immergé, il culmine aujourd'hui à trente mètres au-dessus de l'eau. " Équipé d'un recycleur, Laurent Ballesta y a réalisé une plongée profonde le long d’un tombant en janvier dernier, sous l'oeil des caméras. Une descente enivrante jusqu'à 150 mètres de profondeur pour une longue remontée de 6 à 7 heures, le temps d'observer la vie cryptique du récif frangeant et d'y faire d'étonnantes découvertes... Au palmarès des rencontres les plus rares, voire des miracles sous-marins, le chemin du plongeur a croisé celui d'un nautile par 100 mètres de fond. " L'animal est resté collé au hublot de l'appareil pendant presque toute la remontée ! " n'en revient toujours pas l'heureux plongeur, qui a eu tout le temps d'immortaliser son tête-à-tête avec le nautile. Vraisemblablement attiré par son reflet projeté dans le hublot, et le prenant pour une proie, l'animal a sorti ses 90 tentacules devant les yeux ébahis de Laurent Ballesta... Dans la série " rencontres dans le monde des géants ", le photographe a découvert un alcyonaire gigantesque de près de 2 mètres de hauteur ancré à 110 mètres sur du calcaire corallien, ainsi qu'une étoile de mer inconnue, de forme et de taille exceptionnelles. Des rencontres merveilleuses que l'on peut vivre à travers le film "Au royaume du nautile". Ce documentaire de 13 minutes réalisé par Gil Kébaïli est projeté chaque jour dans l'auditorium du parc et une version de 26 minutes est en préparation pour la rentrée, en septembre prochain.

Nous vous proposons de visionner quelques extraits du film " Au royaume du Nautile " © Océanopolis :

Lifou, une île corallienne en surrection avec des tombants verticaux époustouflants.

Immersion de Laurent Ballesta en recycleur le long d'un tombant de Lifou.

Découvertes des bijoux marins de Lifou : le rare nautile, l'alcyonaire-palmier géant et l'étoile de mer inconnue.

Exposition temporaire du parc marin Océanopolis de Brest ouverte depuis le 5 avril 2008.
Entrées : de 11 à 15,80 euros, gratuit pour les moins de 4 ans.
Programme de conférences accessibles sur le site d'Océanopolis.

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