Le Festival Mondial de l’Image Sous-marine 

 Vendredi 26 octobre 2007

Mercredi 24 - Jeudi 25 - Vendredi 26 - Samedi 27

Texte et photos Laetitia Scuiller

L'image est omniprésente au festival, que ce soit sur les écrans, dans les allées, dans les livres... Où qu'ils posent leur regard, les visiteurs sont projetés dans l'univers sous-marin.

Les clichés des lauréats de l'année dernière sont exposés sous le chapiteau au côté de l'exposition de Laurent Ballesta sur les profondeurs de l'Antarctique.

Dans les allées, les festivaliers peuvent découvrir une exposition du photographe italien Alessandro Dodi, fidèle du festival, décédé en novembre dernier lors d'une plongée en recycleur dans le lac de Côme. Sabina Cupi, directrice du magazine Mondo Sommerso, pour lequel il collaborait régulièrement lui rend hommage dans un édito poignant.

Un pas dans l'espace en marchant sous l'eau

C'est l'un des rares hommes à avoir côtoyé à la fois les étoiles et les poissons d'aussi près... Scott Carpenter est le deuxième astronaute à avoir volé en orbite autour de la terre et le premier homme a avoir commandé une base sous-marine dans les années 60s. Invité d'honneur de cette 34ème édition du festival, Scott Carpenter a partagé avec les festivaliers son extraordinaire aventure dans l'espace et sous la mer lors d'une conférence sur l'histoire des maisons sous-marines à travers l'expérience d'entraînement des astronautes américains.

Pour comprendre comment le future de la conquête spatiale passe par la présence de l'homme sous la mer, il faut écouter parler cet homme inspiré par l'imaginaire de Jules Verne et par l'aventure Précontinent du commandant Cousteau. À l'origine du Sealab, le premier programme américain d'habitat sous-marin lancé en 1965, le commandant Carpenter a été frappé par les analogies entre les deux univers en terme d'entraînement, d'adaptation de l'homme à un milieu hostile et de procédure de son retour sur terre ou à la surface...

Interrogé par le public sur ses souvenirs les plus intenses, Scott a avoué que les fonds marins avaient sa préférence. Si la vue de la terre depuis la capsule l'a profondément marqué, la vision de la faune et flore sous-marine l'a complètement envoûté. Bien que son court séjour dans l'espace lui a apporté la gloire, l'expérience plus longue des habitats sous-marins lui a permis de développer une réelle passion pour les océans. Également présent sur le festival, Bill Todd, chef de mission du retour sur la lune à la NASA, a complété le récit de l'homme qui a inspiré sa carrière, par une présentation d'Aquarius. Immergé à -15 mètres de profondeur au large de Key Largo, Aquarius est le seul habitat sous-marin connu à ce jour (on ne sait pas où en sont les Russes et les Chinois) et est régulièrement utilisé par les universités de Floride pour la recherche et par la NASA pour entraîner les astronautes. Selon Bill Todd, cette étape sous-marine est essentielle pour pouvoir tester toute la robotique et pour habituer les astronautes à l'isolement ainsi qu'aux différentes procédures de cartographie, de construction... Mais le point fort de la mission NEEMO (NASA Extreme Environment Mission Operation), c'est la télémédecine. Aujourd'hui, les astronautes sont en mesure d'opérer un membre de l'équipage en étant guidé par un bras télécommandé par un chirurgien avec seulement 2 secondes de temps de latence !!

"Taking the habitat on the road"

Encore un cran plus loin que l'habitat Aquarius, le Sea Orbiter a une nouvelle fois été présenté aux festivaliers par Ariel Fuchs, chargé de communication du projet. En dérivant au gré des courants, ce vaisseau sous-marin permettra aux astronautes d’expérimenter des missions encore plus proches de celles qu’ils rencontreront dans l’espace. Inventé par l'architecte Jacques Rougerie, le Sea Orbiter pourra accueillir les astronautes pour des missions plus longues allant de 3 à 6 mois... Après avoir participé aux projets Mercury et Sealab, Scott Carpenter se voit bien aux commandes du vaisseau...

Quel poisson mangerons-nous demain ?

Une table ronde réunissant plusieurs spécialistes du monde marin a eu lieu ce vendredi matin, pour plancher sur un thème préoccupant à savoir "quel poisson mangerons-nous demain ?"

Alors que nous sommes abreuvés de données alarmistes sur l'état de nos ressources marines, notre consommation de poisson s'intensifie. Quelles mesures peuvent être entreprises pour enrayer cette spirale, quel comportement devons-nous adopter, quelles espèces faut-il privilégier... Telles sont les questions auxquelles s'est consacré ce 4ème forum pour l'océan animé avec brio par Ariel Fuchs et Philippe Vallette, directeur de Nausicaa et du réseau Océan Mondial. La présentation du scientifique Laurent Debas a permis de rentrer directement dans le vif du sujet avec des chiffres pour le moins inquiétants. Sachant que la consommation mondiale de poissons a augmenté de 64 millions de tonnes en 50 ans et que nous serons bientôt 9 milliards d'habitants sur terre, le scientifique a mis en exergue l'urgence de modifier notre mode de consommation.

Invité au forum, Bernard Demoulliers, responsable des achats de produits frais chez Carrefour à Antibes, a détaillé à l'assistance "l'engagement qualité" du distributeur qui respecte un cahier des charges très précis au niveau de la taille des poissons, de l'authenticité, du goût, du prix juste et de la relation de confiance avec les pêcheurs. Pourtant, malgré ces efforts entrepris, l'information du consommateur sur l'origine du poisson fait encore défaut aux distributeurs qui ne communiquent pas assez sur ce point. De nombreuses personnes dans l'assistance sont intervenues pour expliquer leurs inquiétudes sur la présence d'espèces menacées sur les étals sous une appellation différente, tels que les requins ou les empereurs... Mr Demoulliers a expliqué qu'il était dans l'obligation d'honorer la demande de ses clients mais que ces ventes étaient minimes au sein des poissonneries des hypermarchés...

Pourtant si minime, soit-elle l'exploitation d'espèces aussi fragiles et nécessaires dans leur écosystème a des effets désastreux sur l'ensemble du milieu marin. D'où la nécessité d'éduquer les clients pour une consommation responsable du poisson... D'où l'urgence de diversifier l'offre des poissons sur les étals. La question de l'élevage qui devient de plus en plus important dans la production a bien entendu été soulevée, provoquant de vives réactions. Selon Philippe Vallette, le problème provient du fait que l'on veut élever des prédateurs qu'il faut nourrir avec de la farine ou de l'huile de poissons issus du milieu sauvage qui se nourrissent eux-même de plancton. Par ce système, on préserve une catégorie d'espèces en épuisant une autre catégorie pourtant tout aussi nécessaire à l'équilibre de l'écosystème. Il serait capital aujourd'hui de séparer les filières sauvages des filières d'élevage, et pourtant la réalité est tout autre, tant le lobby est présent et les enjeux commerciaux élevés... Sur le marché actuel de la pêche, un thon rouge de 250 kg coûte 200 000 € ! Laurent Debas a d'ailleurs amèrement annoncé la disparition totale de l'espèce en Méditerranée dans deux ans. Sur ce triste constat, Philippe Vallette a néanmoins annoncé la création d'un projet ambitieux pour intensifier l'information sur la consommation durable de poissons en partenariat avec le comité national des pêches, l'OFIMER, Findus (un des plus gros acheteurs de poissons) et les membres français du Réseau Océan Mondial. Les premières actions seront lancées dans un an et Bernard Demoulliers a promis l'engagement de Carrefour. Le rendez-vous est pris...


Le projet Coral eye a remporté le concours Archipealago créé par Jacques Rougerie. Le festival a lancé pour la première fois le concours " la mer vue par les enfants " pour donner la parole aux plongeurs en herbe.

Le festival c'est aussi le plaisir de se retrouver et l'esprit festif est au rendez-vous sur le stand de la fondation du festival animé par son créateur Daniel Mercier.

En attendant, le festival se déroule sous de meilleurs auspices climatiques, les festivaliers et artistes se croisent dans les allées, évoquant leurs dernières immersions et aventures, les miss défilent près du bassin aux dauphins, tandis que les jurés continuent de visionner les films et photos en compétition, la pression commence à se faire sentir... Suspense...

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