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Soirée Christian Pétron - Une vie consacrée à la mer

Christian Pétron, aussi à l'aise avec une caméra sous-marine que devant un écran d'ordinateur. Photos © TYM et Frédéric Buyle
Nous avons tous vu au moins une fois ses images, que ce soit à Antibes ou sur nos écrans de TV. Christian Pétron a tourné plus de 70 films de cinéma dont le film culte "Le grand bleu" de Luc Besson. Des eaux limpides de Rurutu en Polynésie à la citée engloutie d’Alexandrie en Egypte, en passant par l’épave du Titanic, rien de ce qui se passe sous l'eau n’échappe à l’œil et à la caméra de Christian Pétron. Primé maintes fois à Antibes et dans d'innombrables festivals, ce passionné de mer a filmé des scènes uniques de la vie sous-marine et a approché entre autres des raies, requins, baleines et dauphins dans le monde entier. Mais si Christian Pétron a le don de nous faire partager la beauté des fonds marins, il tient aussi, à travers ses films, à défendre ce milieu fragile menacé et ne perd aucune occasion pour transmettre son message ou lancer un coup de gueule. Les organisateurs du festival ont tenu à saluer son travail en projetant deux films, "Chasseur de grand bleu" de Philippe Lallet et "30 minutes pour sauver la Méditerranée" de Frédéric Brunnquell, consacrés à sa longue et passionnante carrière.

L'équipe du Festival 2000 Regards sous la mer Mme Mazillier, Alain Lejeune et Mme Pétron .
En tournage dans les passes de Polynésie, le réalisateur ne peut être présent à Antibes, mais l'équipe du festival 2000 Regards sous la mer qu'il a créé en l'an 2000, est là pour le représenter et pour faire passer le message : la mer est fragile, prenez en soin ! La 10ème édition du festival aura lieu au Pradet et à La Garde du 23 au 28 mars prochain et a débuté avec le concours dessin. Depuis octobre, l'association a déjà reçu plus de 2500 dessins pour le concours national dont le gagnant sera à l'affiche du prochain festival et pourra participer au concours international qui sélectionnera le dessin le plus remarquable pour l'affiche du festival d'Antibes 2009. Avis aux enfants qui ont de l'imagination et qui aiment la mer, le concours de dessin est ouvert jusqu'en mars.
Vibrations en fa dièse pour sauver les baleines

Les festivaliers ont été littéralement envoûtés par le spectacle original de l'équipe de Whales Whisperers. Les images de cétacés sont signées René Heuzey et montrent les baleines de Rurutu, les bélougas des Vanuatu, les orques de Nouvelle-Zélande et les requins baleine de Djibouti.
Créer de l'émotion en mêlant la voix d'une soprano, le chant des baleines et le son d'une doudouk (flûte arménienne en bois d’abricotier) sur des images de cétacés. Le projet ne manque ni d'ambition ni d'originalité, et nombreux sont les festivaliers à avoir vibré pendant le spectacle présenté chaque jour sur le festival. La voix bouleversante est celle de la soprano lyrique japonaise Yukimi Yamamoto, le son guttural provient de la flûte enchanté de Levon Minassian, maître de ce curieux instrument, tandis que les magnifiques images sous-marines sont signées René Heuzey. Jean-Christophe Slucki, est à l'origine de cette rencontre alchimique d’un autre type qui devrait déboucher l'année prochaine à Rurutu sur la composition d'une oeuvre commune entre les hommes et les cétacés, qui sera diffusée sous l'eau par des haut-parleurs hydrophoniques. " Pour une fois, le public, ce sera les baleines dont nous filmerons les réactions. Est-ce qu'elles applaudiront ? " s'interroge le chef d'orchestre de ce concert inattendu. " Il y a de fortes chance qu'elles réagissent puisque les musiciens ont spécialement composé l'oeuvre en fa dièse." Cette note correspond à un son auquel répondent les orques, selon les fameuses expérimentation de Jim Nolmann. Mais loin de vouloir tenter une énième tentative de communication entre les hommes et les cétacés, ce qui intéresse avant tout l'équipe de l'association "whale whisperers" (murmures de baleines), c'est de créer une alchimie avec les spectateurs pour qu'ils restent longtemps envoutés et plus concernés par le sort des cétacés. La cause des baleines est le moteur principal de l'équipe, Yukimi en tête, qui par sa démarche souhaite montrer que les Japonais ne sont pas tous des mangeurs de baleine. "Le monde entier nous colle une étiquette de chasseurs de baleines alors que nous autres Japonais ne consommons pas cette viande. Il doit exister en tout et pour tout deux restaurants spécialisés à Tokyo et si j'ai mangé une fois de la baleine, c'était à mon insu à la cantine de mon école" explique Yukimi qui espère que le spectacle pourra être présenté l'année prochaine à Okinawa.

Whales whisperers ou l'histoire de musiciens, photographes, cinéastes, scientifiques et plongeurs qui ont décidé d'agir ensemble pour sensibiliser les consciences à la fragilité du monde sous-marin. De gauche à droite, Henri Eskénazi, Serge Arribas, Yukimi Yamamoto, Jean-Christophe Slucki, Levon Minassian et Pedro Aledo.
Un académicien au festival

Il vient d’être nommé membre de l’Académie des Beaux Arts au fauteuil d’André Wogenseki, Jacques Rougerie, l'architecte de la mer encore cité comme l'héritier de Jules Verne, (lire notre interview réalisé en 2005) a été mis à l’honneur pour cette 35ème édition. Une consécration bien méritée pour cet architecte visionnaire - trop souvent targué de créateur utopique- qui, depuis 30 ans, conçoit et réalise les projets d'architecture les plus originaux de notre temps. Passionné par la bionique marine, il s'en est inspiré pour construire des vaisseaux et des habitats qui apprennent à mieux vivre avec la mer et à mieux la comprendre. Parmi toutes ses réalisations, l'aquascope -semi-submersible d'observation sous-marine- est probablement le plus connu et le plus répandu sur toutes les mers du globe. Mais de tous ses projets, c'est le Sea Orbiter, qui lui tient le plus à coeur et qui lui permettra - nous le lui souhaitons- de lancer une formidable aventure humaine à travers tous les océans, dans l'esprit des grandes expéditions pluridisciplinaires de notre temps. En attendant la concrétisation de cette ambition, sa vision globale d'une architecture empreinte de réflexion environnementale lui a permis d'être sélectionné pour participer à des projets d'envergure internationale tels que la réalisation d'un musée d'archéologie sous-marin en baie d'Alexandrie avec l'UNESCO, ou de travailler sur le projet d'urbanisation en baie de Monaco lancé l'année dernière par le Prince Albert II.
Palmarès des photos, diapositives et diaporamas
Comme l'année dernière, le palmarès des images fixes et montages audio-visuels a été décerné samedi à midi afin d'alléger la soirée de clôture du festival. Malgré l'horaire décalé, la salle était comble avec plus de 300 personnes présentes dont de nombreux compétiteurs venus des quatre coins du globe dans l'espoir de remporter un prix. D'après les présidents des différents jurys, la qualité et la diversité étaient au rendez-vous cette année, Bernard Rothan ayant malgré tout à nouveau déploré l'excès de macro pour la catégorie des diapositives. A bon entendeur pour les compétiteurs de l'année prochaine : cherchez et osez de nouvelles ambiances !

C'est Mirko Zanni, primé plusieurs fois sur le festival, qui partira 3 semaines en Papouasie après avoir remporté le prestigieux plongeur d'or. Les italiens se sont une nouvelle fois démarqués en remportant de nombreux prix. Le plongeur d'argent des diapositives a notamment été attribué à Denis Palbiani pour sa série diversifiée et originale, tandis que Settimio Cipriani a raflé le même titre dans la catégorie Photos Noir et Blanc ainsi que le prix de la meilleure adaptation musicale pour son montage audio intitulé Magic emotion, le plongeur d'or de cette catégorie revenant à son compatriote Andrea Pivari. Quant au plongeur d'or des diaporamas, il a été attribué à Domenico Drago pour son très beau montage intitulé Couleur d'Orient.
Elle n'a échappé à aucun festivalier : la photo de tortue mi-air mi-eau de Thomas Vignaud a eu beaucoup de succès et a permis à son auteur de remporter le plongeur d'or des photos couleurs et le prix "Our World Underwater Scholarship Society dans la catégorie des jeunes photographes de 18 à 25 ans. Thomas a réalisé ce cliché à Moorea avec un Canon 400 D.

Philippe Richard a remporté le prix Jorge Albuquerque pour son amusante photo "Muppet Show"

Vignaud Thomas primé pour sa magnifique photo de tortue mi-air mi eau.

Ivan Muratov, spécialement venu d'Ukraine, a été sacré le plus jeune photographe du festival.
La Belgique sous les feux de la rampe
A quelques heures des délibérations du jury, la tension monte... Je cherche un réalisateur pour l'interviewer et mieux comprendre quel peut être l'enjeu d'un prix au festival d'Antibes dans une carrière et dans une vie d'artiste. Après avoir erré dans le dédale des allées parmi la foule de curieux qui déambulent dans tous les sens, je tombe sur un groupe de compétiteurs belges : les réalisateurs Danny Van Belle, Gino Rosiers et Marie De Gendt accompagnés de leur musicien fétiche Eric Bettens. Malgré le stress ambiant, tous gardent leur bonne humeur communicative et acceptent de répondre à mes questions.

Le cinéaste Danny Van Belle et le musicien Eric Bettens.
Danny Van Belle décroche la palme d'or
Alors cher Danny Van Belle, comment vous sentez-vous à quatre heures des délibérations ? " Je m'efforce de me dire que je n'attends rien, mais je ne suis pas très convaincant. Il y a beaucoup de grands films cette année, et les résultats vont être serrés " diagnostique le réalisateur. Malgré les bons retours que lui ont fait toutes ses connaissances sur son film, Danny reste anxieux, et il y a de quoi. Avec " Lembeh, la splendeur de l'étrange ", il passe enfin dans la catégorie des professionnels et un prix à Antibes peut faire évoluer sa carrière. Après avoir été récompensé à deux reprises par la palme d'or pour "Les fenêtres de la vie" l'année dernière et "Le monde des gastéropodes en 2004, le cinéaste a décidé de se lancer dans la réalisation d'un 52'. Equipé de sa caméra HD Sony FX1 enfermée dans un caisson Gates et de ses phares Green Force, Danny a passé 4 mois entiers en Asie du Sud Est en passant plus de 5 heures par jour sous l'eau. Le temps est son point fort par rapport aux cinéastes pros qui ont plus de moyens mais qui, pour des raisons économiques, sont toujours limités à ce niveau. Danny parvient à vivre de sa passion depuis quatre ans et a abandonné son activité de moniteur de plongée pour se consacrer complètement aux tournages. Pour ce premier 52', il a choisi sa région de prédilection, Lembeh, " un véritable paradis pour les amateurs des espèces rares et précieuses " et a cherché à surprendre. " Lembeh étant très connu des plongeurs, j'ai cherché à montrer des choses exceptionnelles avec un maximum de comportements " précise Danny des étincelles pleins les yeux. Des exemples vite ! Parmi les raretés endémiques, une nouvelle espèce de syngnathe figure sur son "tableau de chasse", tout comme de nombreuses espèces d'hippocampes pygmées et de poissons fantôme, dont le très rare poisson velours. Quant aux scènes d'action, il y a le choix entre un combat entre rascasses, une orgie de nudibranches et de crabes dévorés par des coquillages ou encore un squat de refuge d'un opistognathe (jawfish) la bouche remplie d'oeufs par un poulpe... De quoi passionner les spectateurs pendant près d'une heure, le tout enveloppé d'une musique qui "colle à l'image" composée par son musicien fétiche Eric Bettens, avec un commentaire percutant réalisé par un journaliste de la BBC pour la version anglaise et de la RTBF pour la version française, et le tour est joué !

Danny Van Belle, 4 heures avant de décrocher la palme d'or.
Une recette qui a fait ses preuves puisque Danny a finalement remporté la palme d'or des films professionnels !!! Encore sous le coup de l'émotion, le réalisateur belge est sur son nuage, " c'était un rêve qui me semblait tellement inaccessible que je ne parviens pas encore à réaliser qu'il s'est concrétisé. Pour moi, ce prix représente un passeport pour travailler avec les chaînes de TV et faire décoller ma carrière de cinéaste. "
La cérémonie de clôture a débuté par le spectacle de l'association Murmures de Baleines qui a tout de suite plongé les spectateurs dans une ambiance quasi mystique avec des sons provenant des profondeurs abyssales... L'émotion était déjà au rendez-vous sous le chapiteau et s'est intensifiée au fur et à mesure que les présentatrices annonçaient les résultats.

Le couple de cinéaste belge, Gino Rosiers et Marie De Gendt qui ont remporté respectivement la palme d'argent et le prix du documentaire animalier dans la catégorie des films amateurs.
La palme d'argent revient à Rolf J Moltgen pour son film " La montagne aux requins ". Quant à la palme de bronze, elle a été attribuée à Jérôme Bouvier, de Bonne Pioche production (la marche de l'empereur) pour son film Eléphants de mer, des agents très spéciaux. Jérôme Espla a été récompensé par le prix spécial du jury pour "Il nage avec les requins", tandis que le prix du documentaire animalier revient au remarquable film de Jean-Michel Corillon "Sur le dos des baleines".
Unis dans la vie et en compétition à Antibes
Il vient de remporter la palme d'argent des films amateurs et elle décroche le prix du documentaire animalier dans la même catégorie. Il toune avec une VX2100 pendant qu'elle filme avec une HC9 HDV. Gino et Marie partage tout dans la vie jusqu'à leur passion pour les fonds marins et les films. Cela fait six ans que Gino a commencé à filmer la vie des océans pendant ses vacances. Il est vite devenu accro et a transmis le virus à sa femme qui s'y est mise deux ans plus tard. Aujourd'hui, les époux plongent, filment, réalisent et montent ensemble, mais " une fois sous l'eau, chacun part de son côté." Unis dans la vie, Gino et Marie sont probablement les seuls compétiteurs du festival à rivaliser avec des images tournées ensemble. Pour leur première participation au festival, l'un et l'autre ont proposé un film sur la faune endémique de Malaisie. C'est lors de leur dernier séjour à Sipadan, qu'ils ont découvert un site de plongée exceptionnel à Semporna, là où partent les navettes pour les hôtels de Maboul et Kapalaï. " La visibilité y est vraiment nulle, il y a beaucoup de déchets et l'endroit est dangereux à cause du trafic constant des navettes, mais en fouillant un peu, on y découvre de véritables merveilles : nudibranches rares, dragonnets, gobies, antennaires..." détaille Gino avec un enthousiasme communicatif, " c'est encore mieux qu'à Mabul et cela ressemble au détroit de Lembeh " complète Marie. Dans le film "Insectes de la mer" Gino a privilégié les scènes de comportement des crustacés dont une exceptionnelle attaque de sépia flamboyant avec des crevettes, qu'il rêvait de filmer depuis trois ans. Sa femme a réalisé quant à elle un film sur la faune benthique qu'elle affectionne tout particulièrement. Avec "Carpettes vivantes" elle montre le quotidien des nudibranches, des vers plats et des concombres de mer. " Il nous restait beaucoup de rushes que j'ai utilisé pour réaliser mon propre film et montrer à mon mari que moi aussi je pouvais le faire ! " Mais, si les époux sont en compétition, ils n'en sont pas moins complices et forment un binome de vidéastes de choc. " Leur point fort, c'est de pouvoir filmer avec deux angles différents, idéal pour une scène d'action ! " note Danny Van Belle, qui soutient ses compatriotes dans la compétition et qui travaille avec le même musicien, le fameux Eric Bettens maintes fois primé au festival. " Que ce soit pour Danny, Gino ou Marie, je travaille avant tout sur l'émotion et la poésie dégagée par leurs images pour composer. " Le moins que l'on puisse dire, c'est que les Belges ont été bien inspiré une fois et repartent vers leur plat pays avec de beaux prix en poche...

Malgré le soleil qui est revenu le dernier jour du festival, les visiteurs se pressent dans les salles pour venir visionner les films primés.
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