|
Troisième jour de festival, les choses sérieuses commencent : les visiteurs se croisent dans les allées qui ne se désemplissent pas, les films s'enchaînent dans les trois salles, les photos exposées sont admirées et décortiquées - amateurs ou experts, chacun y va de son commentaire- , les professionnels de l'image se rencontrent pour de nouveaux projets, les anciens se rappellent le bon vieux temps, le forum pour l'Océan fait le point sur le réchauffement climatique... L'ambiance iodée du Palais des Congrès plonge les festivaliers au coeur des mers et océans qui sont omniprésents sur les écrans, dans les livres, sur les murs, sur la toile, dans les conversations et... dans nos veines.
Le Monde des géants vu par Amos Nachoum
Depuis 20 ans, Amos Nachoum parcourt la planète à la rencontre des plus gros animaux sous-marins du monde. Les requins blancs, baleines bleues, orques, ours polaires et morses, passent ainsi régulièrement devant l'objectif du photographe dont les images sont diffusées par le National Geographic, la BBC, ou encore Discovery Channel. Mais au-delà de sa démarche artistique, Amos Nachoum se fait l'ambassadeur de ses animaux chassés de leurs territoires par les humains. Fidèle du festival depuis des années, le photographe a présenté cette année son dernier show pour insister sur l'urgence d'agir tant qu'il en est encore temps.
Pour sensibiliser les touristes tout en poursuivant son travail, Amos Nachoum propose des voyages encadrés à la rencontre de ces géants des mers. Ses prochains trips se dérouleront autour des marlins du Mexique et des annacondas du Brésil, dont les impressionnants clichés sous-marins ont été projetés sur le festival.
Le Forum pour l'Océan : le réchauffement global n'explique pas tout !

La table ronde a réuni plusieurs spécialistes, dont Stéphanie Reynaud du Centre Scientifique de Monaco, Philippe Vallette (Co-Président du Réseau Océan Mondial et Directeur Général de Nausicaa), Nardo Vicente (responsable scientifique de l’Institut océanographique Paul Ricard), Jean-Louis Fellous, Directeur du centre de recherche spatiale et Patrice Francour, Directeur d'Ecomers et chercheur à l'université de Sophia Antipolis.
Le forum pour l'Océan est né il y a 5 ans de la volonté du comité organisateur du festival de prendre une part plus active dans la sauvegarde des Océans, et de mener à la fois une réflexion sur l’évolution de leur état et une sensibilisation du grand public. Pour cette 5e édition, le thème des changements climatiques a attiré une soixantaine de personnes. Présent en juin dernier au forum global du Réseau Océan Mondial organisé par les Nations Unies, Philippe Vallette a été marqué par deux intervenants représentants les petites îles. Le premier, originaire de Tuvalu, dans le Pacifique expliquait comment la mer amie était devenue la mer ennemie pour les 10 000 insulaires menacés par la montée des eaux, tandis que le deuxième issu des Seychelles exprimait l'inquiétude de ces concitoyens face à la réaction des occidentaux, " nous pensons que pour vous, c'est moins cher de délocaliser 10 000 personnes plutôt que de lutter contre le réchauffement climatique". "Pour ces îliens, la menace du réchauffement climatique est devenue une réalité, et il ne faut pas le négliger parce que c'est loin de chez nous " a rappelé Philippe Vallette à l'assemblée pour introduire le forum.

De nombreuses personnes dans l'assistance sont intervenues pour exprimer leurs incompréhensions sur la présence de nouvelles espèces en Méditerranée.
Le réchauffement global actuel est indéniable au niveau terrestre et de nombreuses preuves scientifiques l'attestent. Sous l'eau, la modification de la flore et de la faune est certaine, mais de là à faire un lien direct avec le réchauffement climatique, rien n'est moins sûr. " Alors, s'il vous plaît, arrêtons de mettre tout sur le dos du réchauffement global " s'est exclamé Patrice Frantour, Directeur d'Ecomers et chercheur à l'université de Sophia Antipolis. " Contrairement à ce que transmettent les médias en général, les modifications que l'on observe dans les fonds sous-marins ne sont pas systématiquement dues au réchauffement global. " Il existe de nombreuses explications au niveau local comme la pollution, la surpêche, le développement du tourisme " a rappelé Nardo Vicente profitant de l'occasion pour montrer à l'assistance un extrait de son dernier film sur la mission Ecomed réalisé par son binôme Christian Pétron (lire notre reportage)... De même, le phénomène de tropicalisation observé ces dernières années en Méditerranée, n'est pas l'unique explication à l'arrivée de nouvelles espèces, qui peuvent par exemple surgir grâce aux fluctuations de températures ou disparaître à cause de la prolifération d'un de leurs prédateurs. Le gobie, que l'on observait plutôt en dessous des 40 mètres, est observé aujourd'hui à 3/4 mètres de profondeur. " L'espèce remonte vers la surface car les différences de températures ne sont plus aussi élevées qu'auparavant, mais ce n'est pas un phénomène de tropicalisation " a précisé Patrice Frantour. D'après le scientifique, les espèces lesseptiennes traversent le canal de Suez depuis son ouverture et par conséquent, ce n'est pas un phénomène nouveau. Depuis les années 80s, la girelle-paon (thalassoma) est très présente dans le paysage méditerranéen, mais d'après les témoignages des anciens, elle était tout aussi abondante dans les années 50s. Face à ce constat, les biologistes demeurent sans réponse, " nous ne disposons pas de mesures sur une assez longue période pour pouvoir bien comprendre les fluctuations des océans " déplore Nardo Vicente, qui fait partie des pionniers à avoir effectué des observations scientifiques sous-marines dans les années 60s. " Cela ne fait même pas 50 ans et cela permet tout juste d'observer deux générations d'une même espèce ", d'où l'impossibilité de vérifier l'explication de cycles naturels et d'où l'importance de continuer à travailler sur l'écologie. Et pour observer l'évolution de la faune et de la flore, chacun sait que rien ne remplace les yeux des plongeurs dans les profondeurs... Plongeurs, à vos masques, les océans ont besoin de vous !

La présentation de Jean-Louis Fellous, Directeur du centre de recherche spatiale a permis de rentrer directement dans le vif du sujet avec des chiffres pour le moins inquiétants.
Epson Red Sea 2008 : un concours international de photos à suivre de très près

David Pilosof a présenté le concours qu'il organise depuis 4 ans et a félicité Fabrice Boissier - ici entre Hélène de Tayrac et Philippe Sénik, les partenaires français du concours - sélectionné cette année pour représenter la France.
Le festival est l'occasion d'informer les festivaliers sur les concours qui se déroulent dans le monde entier. Un cocktail était organisé ce vendredi par l'office de tourisme d'Eilat pour annoncer la quatrième édition du concours international de photos qui se déroulera du 10 au 15 novembre prochain. A l’origine du concours, le photographe israélien David Pilosof, qui a marqué toute une génération de plongeurs avec ses photos de nus sous-marins et qui depuis a fondé Yam magazine. David Pilosof a permis à de nombreux plongeurs passionnés de participer à ce concours de prises de vue. Les photos des compétiteurs français ont été diffusées sur notre site Plongée On Line, et c'est Fabrice Boissier, l'heureux photographe qui a été sélectionné cette année pour représenter la France.
Après San Disk, c'est au tour d' Epson, la multinationale des imprimantes et de l'imagerie, de relever le défi en tant que partenaire principal. Le gagnant du concours repartira avec un chèque de $10.000 US offert par la société et un voyage plongée de trois semaines en Papouasie Nouvelle-Guinée.
Chercheurs d'eau lance son 19ème numéro

Le festival d'Antibes bientôt sous les cocotiers polynésiens

Daniel Mercier et Bernard Bégliomini
Il a traversé les océans et parcouru 17 000 km pour se rendre au festival d'Antibes. Fort de son expérience de gérant de centre de plongée dans les îles de la Société, Bernard Bégliomini fourmille d'idées pour promouvoir la magie des fonds polynésiens. Le festival d'Antibes sera ainsi bientôt représenté dans les îles polynésiennes qui attirent près de 180 000 touristes chaque année. Bernard Bégliomini a également annoncé la récente création du guide de plongée qui permet dorénavant aux Polynésiens de faire découvrir leur patrimoine sous-marin aux plongeurs. L'été dernier, quatre plongeurs polynésiens ont obtenu leur diplôme. Après avoir suivi une formation de 450 heures théoriques et un stage pratique de 200 heures, ils travaillent désormais dans les centres de plongée de l'archipel. Une première dans les îles et une belle initiative qui, espérons le, va servir de modèle pour d'autres destinations.
Retrouvailles à Antibes entre reportage et tournage

Francis Le Guen et René Heuzey, deux fidèles du festival se sont retrouvés sur le stand du peintre sous-marin André Laban.
L'un s'en va en reportage vers les eaux chaudes et limpides de Sulawesi, tandis que l'autre repart sur la grande barrière de corail d'Australie. Francis Le Guen a rempilé pour une nouvelle série de carnets de plongée tandis que René Heuzey rejoint une des équipes de Jacques Perrin pour tourner les dernières séquences du film Océans.
ExplorAction : l'Aventure tout schuss !

Cédric et Yanick Gentil, réalisateurs suisses de la société Exploraction entourent Albert Falco rencontré cette année dans la réserve de Scandola.
Ils "jouent" à Indianan Jones depuis 8 ans, parcourant les océans et continents avec leurs propres moyens sans rien demander à personne. Explorateurs impénitents, Cédric et Yannick Gentil enchaînent les expéditions dans les contrées les plus reculées, filmant les populations et animaux qu'ils croisent sur leur chemin. Leurs documentaires sont diffusés sur les chaînes helvétiques, mais cette année les deux frères suisses passent à la vitesse supérieure et sont présents à Antibes avec deux films de 26'. "Le mystère des lacs", classé en catégorie A, plongent les spectateurs dans les profondeurs des lacs papous où personnes n'a encore jamais trempé ses palmes. " La Papouasie est une terre d'aventure où tout reste à découvrir " précise Cédric, des étincelles pleins les yeux. " Nous avons plongé dans des écosystèmes de lacs marins complètement inconnus où prolifèrent des sous-espèces encore non répertoriées par les scientifiques. " Concombres de mers, méduses ou crevette rouges, les lacs papous réservent leur lot de surprises à qui fait la démarche de les découvrir. Et le moins que l'on puisse dire c'est que l'équipe d'ExplorAction se donne les moyens pour filmer l'inédit, aller à la rencontre des populations locales et comprendre comment elles vivent en interaction avec leur milieu naturel. Huit mois de tournage sur une seule destination, peu de réalisateurs peuvent se le permettre. Mais tout est une question de volonté et de passion. " C'est en s'immergeant totalement dans un pays que l'on peut en découvrir les richesses et les secrets. " Bourlingueurs dans l'âme, les deux frères s'investissent sans compter dans leurs projets et ont plusieurs cordes à leur arc : skippers, instructeurs PADI, pilotes d'avion, caméramen, réalisateurs et producteurs... Forts d'une riche expérience dans plus de soixante pays, ils sont aujourd'hui capables de mettre sur pied des expéditions d'envergure. Une compétence briguée par des équipes de tournages professionnelles reconnues comme Ushuaïa pour laquelle ils ont tourné des images du grand blanc avec André Hartman en Afrique du Sud. Plus récemment, c'est auprès d'Albert Falco qu'ils sont intervenus sur le tournage du film " Vivre pour la mer" d'Albert Saladini. Tourné en Méditerranée dans la réserve de Scandola autour de ce personnage mythique des plongeurs, le documentaire s'attache à valoriser les scientifiques, plongeurs et associations qui s'engagent depuis des années pour protéger la nature. C'est d'ailleurs à cette occasion qu'ils ont rencontré Laurent Ballesta. Un amitié est née depuis, le photographe sous-marin leur a préfacé leur remarquable livre sur la Papouasie et des projets sont en cours pour faire partager leurs aventures au plus grand nombre. Explorer la planète en restant 100% nature, tel est le crédo de cette jeune équipe montante, qui s'efforce de mettre en valeur les coutumes, les moyens de transport et habitats traditionnels des pays qu'ils traversent. Pour l'instant, l'équipe d'Exploraction met ses services à disposition des productions pour asseoir sa réputation et se refaire une santé financière. " Cette année, nous sommes en pleine ascension et dès que nous aurons acquis les moyens nécessaires, nous nous lancerons dans la production de films documentaires de 52'. " Les festivaliers n'ont pas fini d'entendre parler des Suisses...

La Fondation du Festival de l'Image Mondiale des Films Sous-marins a célébré ses six ans en musique, au son des chants de baleines imités par Bernard Labeille et de l'orchestre du festival mené par le photographe Kurt Amsler, qui préside cette année le jury photo. En attendant les résultats de cette 35ème édition, le festival se déroule sous de meilleurs auspices. Les visiteurs et artistes se croisent dans les allées, évoquant leurs dernières immersions et aventures, tandis que les jurés continuent de visionner les films et photos en compétition, la pression commence à se faire sentir... Suspense...
|
|