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Le "Guide des poissons de Tahiti et ses îles" :
la bible des plongeurs de Polynésie
Texte de Laëtitia Scuiller
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Après cinq ans d’exploration et de prises de vue autour des îles et atolls polynésiens, Philippe Bacchet, Thierry Zysman et Yves Lefèvre ont enfin livré leurs découvertes dans le « Guide des poissons de Tahiti et ses îles », éditions Au vent des îles. Unique par la qualité des photographies, la pertinence des informations et l’accessibilité de sa présentation, l’ouvrage s'adresse autant aux plongeurs, pêcheurs et aquariophiles, qu'aux amateurs d’arts et de biologie marine. Salué par la communauté scientifique, il s’impose d’ores et déjà comme un guide de référence.
Du nord des Marquises au sud des Australes, de l’ouest des îles de la Société jusqu’à l’extrême est des Gambier, les trois auteurs ont recensé plus de 600 espèces de poissons entre 0 et 90 mètres de profondeur…

Un guide sans précédent
C’est le premier guide naturaliste depuis l’ouvrage "les Poissons de Polynésie" paru en 1972. À l’époque, l’auteur Philippe Mazellier, assisté du Dr Bagnis, d’Erwin Christian, de J. Bennett et du célèbre chasseur polynésien Jean Tapu y avaient répertorié environ 300 espèces. Près de trente ans plus tard, le « Guide des poissons de Tahiti et ses îles » en compte le double. Sur les 1100 espèces référencées aujourd’hui en Polynésie française, le trio de plongeurs photographes en ont répertorié 600… 600 espèces qui sont présentées famille par famille, dans le respect de la séquence phylogénétique. « On a commencé par les groupes les plus anciens, comme les requins et les raies, pour terminer par ceux présumés les plus évolués à savoir les tétrodons et diodons » précise Philippe Bacchet, à l’origine du projet.

Pour la plupart des espèces, les photographes ont mis un point d’honneur à spécifier les différences de livrées entre le juvénile et l’adulte, et dans les cas les plus significatifs, entre le mâle et la femelle et jusqu’à la robe de nuit et celle du jour ! Au total, 83 croquis et plus de 1000 photographies, toutes réalisées en milieu naturel, illustrent les textes de l’ouvrage qui compte 616 pages. Pratique, son format de 145 mm sur 200 mm, a été pensé pour permettre aux lecteurs de l'emporter sur tous les sites de plongée. Au-delà de la forme, le guide se distingue surtout par son contenu. Des fiches très complètes précisent pour chaque espèce le nom scientifique, les noms communs en français et en anglais et, grande nouveauté, les noms vernaculaires en réo Maohi (langue polynésienne) en usage dans les différents archipels… « Le requin tigre par exemple, Galeocerdo cuvier ou tiger shark est appelé « mango » aux Gambier, « mao tore tore » aux Iles de la Société et « rue » aux Tuamotu » explique Yves Lefèvre qui, avec ses comparses, a sollicité l’aide des pêcheurs de chaque archipel pour déterminer certaines identifications de poissons en langue polynésienne, « ce qui a parfois engendré des débats de plusieurs heures ! »

Un ouvrage de référence
Outre la zone de distribution géographique, la taille maximale de l’espèce, la profondeur d’évolution, le régime alimentaire, la forme, la livrée et l’habitat, les observations des auteurs ont été particulièrement soignées pour compléter les connaissances actuelles. « C’est ce qui fait la différence avec les guides et encyclopédies classiques » remarque Yves Lefèvre. « Nous plongeons tous les trois dans les eaux polynésiennes depuis plus de 20 ans ; avec cet ouvrage nous avons souhaité partager nos constatations par rapport au comportement (nourrissage, fraie, interaction avec le milieu…) et aussi par rapport à l’évolution des espèces. »

Rien n’a été laissé au hasard. « Nous avons consacré beaucoup de temps avec les locaux pour les recherches bibliographiques sur les noms vernaculaires et avec des spécialistes des différents muséums d'histoire naturelle pour l’identification des photographies. Toutes nos données et observations ont été croisées, vérifiées, mises en forme et archivées » détaille Philippe Bacchet, chef d’orchestre du projet qui, tout au long de cette belle aventure, a pu compter sur les précieux conseils de John E. Randall, l'autorité mondiale en matière de poissons des récifs coralliens.
Le fruit d’un travail de passionnés

Philippe Bacchet et Yves Lefèvre
« Lorsque les premiers clichés arrivèrent, je vis tout de suite que je n’avais pas à faire à des débutants ! » L’éminent ichtyologiste John E. Randall, qui a préfacé le guide, ne s’y est pas trompé. Touchés par le virus polynésien dans les années 80s, les auteurs, palmes aux pieds et caisson à la main, se croisent souvent dans les passes et le long des tombants. Tous les trois sont animés par la même passion de la mer, de la découverte et de l’image. Une passion qui les mène rapidement à s’impliquer dans la protection de ce patrimoine naturel exceptionnel. Divers ouvrages tels que "Rangiroa, sous le signe du poisson" signé Yves Lefèvre ou encore le magnifique « Iles et Lumières » de Philippe Bacchet, ainsi que les nombreux reportages, documentaires et publications, témoignent de leur engagement. Afin de contribuer à une meilleure connaissance de la faune marine polynésienne, les trois auteurs décident d’unir leur talent et leur savoir. Commence alors le plus ambitieux travail d'inventaire des espèces marines jamais réalisé dans cette région.

Dénicher les animaux les plus rares
Dans sa préface, John E. Randall insiste sur le caractère exceptionnel des prises de vues. « Je compris pourquoi ils avaient parfois tant de mal à identifier des individus : ces photos montraient tout simplement des espèces non encore répertoriées autour de ces îles ! » Au total, les auteurs du guide ont photographié et décrit une cinquantaine d'espèces non observées auparavant dans la région, tels l’anthias à queue jaune Pseudanthias sp., le poisson-faucon à long nez Oxycirrhites typus, le poissons-savon de Chabanaud Belonoperca chabanaudi, et bien d'autres. Ils ont également pu dénicher de nombreuses espèces endémiques de la Polynésie… Des espèces rares qu'ils n’ont pas hésité à aller chercher hors des sentiers battus, dans les atolls les plus éloignés du territoire, où ils se sont immergés de jour comme de nuit dans des profondeurs approchant les 90 m…
Certaines pêches miraculeuses ont pourtant été réalisées sur des sites aussi proches et inattendus que le lagon de Punaauia à Tahiti, où j’ai d’ailleurs le souvenir d’une plongée de nuit mémorable en compagnie de Philippe Bacchet qui m’a fait découvrir des merveilles insoupçonnées… Colonie d'hippocampes, antennaires, poissons vache et dendrochirus biocellatus… Autant de trésors dénichés à force de patience et de persévérance. Cette soif de découverte des auteurs constitue l’essence même de ce guide naturaliste sans précédent en Polynésie française.

Eviota sp. Gobiidae observé dans 1 mètre d’eau / Opua sp. vit à une profondeur variant entre 0,5 à 5 mètres
Le guide ne met peut-être pas assez l'accent sur les espèces menacées par les pêches hauturières et lagonnaires et n'informe pas les lecteurs sur les réglementations locales en vigueur pour les protéger. D'après Philippe Bacchet, la Polynésie s'en sort encore bien, en comparaison avec bien d'autres régions du monde. Le photographe, qui connaît dans les moindre détails chaque pâté de corail des lagons où il plonge, observe malgré tout des poissons récifaux de plus en plus victimes de la surpêche et de la dégradation de leurs habitats autour des îles les plus habitées. « D'une manière générale, on assiste malheureusement à une "décapitation" de la pyramide alimentaire, avec la disparition de certaines espèces de requins et d'autres grands prédateurs. De gros efforts doivent être poursuivis pour informer la population sur la nécessité de préserver les ressources marines, la biodiversité, et la bonne santé de ces fragiles écosystèmes que sont les récifs coralliens. »

Dès sa sortie, l’ouvrage a rencontré un vif succès : la moitié de la première édition est déjà vendue et une ré-impression est prévue prochainement. Un signe encourageant de reconnaissance du travail accompli, mais bien moins symbolique que celui de John E. Randall qui a décidé d’attribuer le nom de Philippe Bacchet à une espèce récemment découverte et décrite par ses soins.
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