PADI Europe fête ses 25 ans

« La question n’est pas  Fédé ou PADI  mais plonger ou ne pas plonger »

Propos recueillis par Laëtitia Scuiller

PADI Europe fête son jubilé cette année et les festivités ont commencé sur ce 10ème salon de la plongée. Nous avons rencontré Jürg Beeli, l’un des co-fondateurs de l’organisme sur le continent européen.


Jack Lavanchy et Jürg Beeli, fondateurs de PADI Europe

Rappel
PADI (Professional Association of Diving Instructors) est la plus grande organisation internationale de formation à la plongée sous-marine de loisir. À l’heure actuelle, on compte 10 millions de plongeurs PADI dans le monde, ce qui représente une moyenne de 55% des certifications globales. Fondée en 1966 par les plongeurs américains Ralph D. Erickson et John Cronin, l’organisation délivre près de 946 000 licences chaque année. L'association a des bureaux en Australie, au Canada, en Suisse, au Japon, en Suède, au Royaume-Uni, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis. Son siège mondial, PADI Worldwide, est situé en Californie.

Interview de Jürg Beeli, co-fondateur de PADI Europe avec Jack Lavanchy. Aujourd’hui président du conseil d'administration est toujours très impliqué au niveau des orientations marketing et stratégiques de l’organisme.

PADI Europe fête son jubilé cette année, qu’elle est votre sentiment après 25 ans à la barre de ce paquebot qui sillonne tous les océans ?

Eh bien, je ne peux que me réjouir du succès de notre organisme acquis après des années d’efforts avec une équipe motivée et performante. En 2007, Padi Europe (une quinzaine de pays mis à part la Scandinavie, la Grèce, l’Angleterre et le Danemark) a certifié plus de 251 000 plongeurs ce qui donne une croissance de 2,2 % par rapport à 2006 où nous avions enregistré 245 000 plongeurs. D’autres parts, notre investissement pour le développement du nitrox commence à porter véritablement ses fruits avec plus de 24 000 brevets délivrés par an, un chiffre en constante progression, sans parler de la spécialité photo qui rencontre un succès retentissant avec une croissance de 48 % en 2007 !

En tant que moniteur CMAS réorienté vers PADI, comment expliquez-vous ce succès ?

Nous avons compris que pour développer la plongée, il fallait offrir avant tout un « produit » si vous acceptez ce terme, aux professionnels qui voulaient travailler. J’ai débuté la plongé avec le système CMAS qui était alors l‘unique organisme en Suisse et qui avait le grand mérite d’exister. Je suis d’ailleurs très fier d’être le 40ème moniteur helvète 2 étoiles CMAS formé au sein du centre Glaucos à Zürich, qui est l’un des centres les plus anciens du pays. Je travaillais alors comme vendeur d’équipements de plongée et j’étais confronté tout comme mes confrères d’alors à un marché très limité. Il fallait vraiment être motivé et patient pour apprendre à plonger en Suisse. Les clubs n’étaient pas assez organisés et l’apprentissage était très long. En tant que membre actif de la commission technique, je me sentais frustré de ne pas pouvoir développer l’activité. Aussi, quand j’ai eu l’occasion d’expérimenter un cours PADI  sur une base américaine en Allemagne, j’ai trouvé la formation que je cherchais. Avec Jack Lavanchy, qui s’était déjà rapproché de John Cronin, l’un des fondateurs de PADI, nous avons proposé des réorientations pour les moniteurs désireux de rejoindre l’organisation et, très vite, les bases de la structure de la future PADI Europe se sont développées en Suisse, en Allemagne puis en Italie. PADI Europe Ltd a vu officiellement le jour en 1983. La formule de ce système très simple, modulaire et ouvert à tous a rapidement permis de promouvoir la plongée au travers de destinations attractives. Ainsi, chaque année des milliers d’Allemands, de Suisse et d’Autrichiens ont pu pratiquer la plongée en Mer Rouge et aux Maldives. Convaincus par ce nouveau souffle et par les performances de notre système, la plupart des  professionnels du secteur nous ont rejoints pour continuer à développer la plongée dans ce sens, à savoir la plongée comme activité de loisir et non plus comme activité sportive voire militaire. 

Presque toute l’Europe a été conquise par PADI, à l’exception de la France, qui a longtemps considéré l'organisation comme l’american way of diving (la plongée à l’américaine), quelle stratégie avez-vous mené pour faire évoluer ce point de vue ?
En 2007, la France est le pays d’Europe continentale qui a enregistré la plus forte progression, avec une croissance des certifications de 12% et une progression de 5 % de notre chiffre d’affaires… Mais pour arriver à ces résultats, nous avons fait beaucoup d’efforts pour négocier avec la FFESSM. C’est le pays qui nous a demandé le plus d’investissement en terme de temps et de travail. La France est un pays vraiment spécial avec des lois différentes, que je ne comprends pas toujours… Avec son statut de pionnier dans l’histoire de la plongée et son incroyable domaine maritime, la France aurait pu développer un marché de la plongée au moins aussi important que celui de l’Italie. Et pourtant il se situe entre celui de la Suisse et de l’Autriche qui sont dépourvus de mer !! Pour moi, c’est contre-productif et je pense que des fabricants comme La Spirotechnique en ont gravement souffert… C’est un pays démocratique et je ne peux pas juger, mais je trouve que c’est dommage. La question n’est pas « Fédé ou PADI » mais « plonger ou ne pas plonger. » 21% des femmes plongent en France tandis que PADI en compte 35%... Heureusement, depuis les accords de 2002, le système de passerelles avec les niveaux de la FFESSM a porté ses fruits et au final, l’évolution du tourisme et de l’industrie a fait évoluer la situation. Aujourd’hui, PADI est enfin reconnu sur le marché français, alors tant pis pour ceux qui continuent à nous voir comme la plongée à l’américaine.

Que répondez-vous à ceux qui considèrent que la plongée PADI est trop commerciale ?
Je ne vois pas en quoi le terme commercial est un inconvénient. Si j’exerce la plongée en tant que bénévole et que mes clients ne sont pas contents, tant pis pour eux. Par contre, si je vis de l’enseignement de la plongée, je me soucie du retour de mes clients, car s’ils ne sont pas satisfaits je ne peux pas gagner ma vie. L’activité commerciale est l’une des meilleures garanties pour offrir des prestations de qualité. En plus d'être très bien organisé, notre système de formation est très bien contrôlé et s’appuie sur des outils pédagogiques complets. Nous bénéficions d’une structure exceptionnelle à Hettlingen, notre siège, où travaille près de 70 personnes. Quel est notre tort ? D'avoir beaucoup de moyens ? Je pense qu'il faut se donner les moyens pour connaître le succès et cela passe par le « commercial ».

Avec près de 251 000 plongeurs en 2007, PADI est l'organisme le plus important sur le continent européen, pouvez-vous nous dire quelles sont vos priorités pour les années à venir ?
Il y a encore beaucoup d’efforts à fournir pour améliorer l’image de la plongée qui devrait être considérée comme un life style et non pas comme un sport. La plongée est une activité bénéfique pour l’homme, tant au niveau de son enrichissement personnel qu’au niveau de la découverte de l’environnement naturel, et pourtant sa croissance est très faible. Pour mieux promouvoir la plongée, nous devons prendre en compte les « customer groupes » c’est-à-dire les différentes segmentations de la population. Nous ne nous occupons pas assez des séniors qui en plus d’avoir de l’argent, ont plus de temps et sont demandeurs d’un service supérieur avec plus de confort et d’encadrement. De même, les jeunes ont été délaissés et considèrent la plongée comme une activité réservée à leurs parents. Récemment, nous avons invité deux célébrités du surf à plonger et ils ont été totalement surpris par les sensations découvertes… Afin de mieux communiquer sur ces marchés, nous avons lancé un nouveau magazine annuel intitulé Silent World, avec de beaux visuels et des interviews de personnalités diverses. Il sera expédié à 49 000 exemplaires à tous les élèves Scuba Diver et Open Water Diver germanophones et sera vendu dans les kiosques à plus de 33 000 exemplaires, le reste sera distribué par nos revendeurs. Selon son succès, cette opération pilote sera déclinée sur les autres marchés. Nous misons aussi beaucoup sur le nitrox qui assure une meilleure sécurité et qui facilite la pratique. En Allemagne, le nitrox est au même prix que la plongée à l’air et nous espérons que cette tendance s’étendra sur tout le continent dans 10 ans, on parlera peut-être alors de cours spécifiques de plongée à l’air !

Comment voyez-vous PADI Europe dans 10 ans ?
Avec le Japon, nous sommes encore indépendants aujourd’hui, les autres bureaux du Canada, de la Scandinavie et de l’Australie ayant été intégrés par PADI US. Nous allons donc continuer à montrer à nos amis américains que nous pouvons les battre en terme de succès et d’innovation. Les dix dernières années ont été particulièrement performantes en ce sens avec le lancement du nitrox et de la photo numérique, qui sont devenus nos spécialités les plus prisées. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces nouveautés ont été créées en Europe et non aux USA.

©2000 - Plongee On Line