Interview de MICHEL HIGNETTE

Textes et photos de Laëtitia Scuiller

Il a dirigé avec passion et fidélité le musée des arts d'Afrique et d'Océanie (MAAO) et son aquarium pendant 23 ans… Il continue aujourd’hui, avec un enthousiasme sans égal, à gérer l’aquarium tropical et parvient même à redonner un second souffle à ce bâtiment pourtant longtemps resté dans l’ombre du MAAO réinstallé aujourd'hui au sein du musée du quai de Branly...

Interview de Michel Hignette qui préside parallèlement l'Union des Conservateurs d'Aquariums de France.

 

Comment l’aquarium a-t-il vécu la fermeture du MAAO en 2003 ?

Dès la première année, nous avons noté une chute de la fréquentation principalement due à une mauvaise communication puisque la fermeture du musée a été assimilée inéluctablement par le grand public à celle de l’aquarium. Il faut pourtant noter que nous étions alors l’unique aquarium de Paris. Nous avons donc proposé un changement de tarification en nous alignant sur le parc zoologique de Vincennes de façon à proposer un produit complémentaire et plus attractif. Mais, si l’aquarium maintient sa clientèle c’est surtout grâce aux expositions temporaires que nous développons depuis deux ans. Le succès des « Piranhas enivrés » a permis d’enregistrer 300 000 entrées payantes pour l’année 2004, dépassant le record du MAAO alors à 280 000 visiteurs ! 

Est-ce que CineAqua fait de l’ombre à l’aquarium depuis son ouverture ?

Nous ne sommes pas dans le même rapport de force, mais il y a de la place pour tous les deux. Premièrement, nos tarifs sont bien plus abordables c’est-à-dire environ 5 € contre 25 € et deuxièmement nous touchons un public très familial, alors que l'aquarium du Trocadéro vise les touristes de la tour Eiffel. Et puis, on peut dire que nous sommes complémentaires puisque nous exposons tous les deux une faune tropicale, à la différence que l’aquarium tropical propose 70 % d'espèces d'eau douce tandis que CineAqua présente 100 % d'espèces d'eau de mer.

Quelles sont vos ambitions pour l’aquarium ?

Poursuivre notre progression et continuer à attirer un public aussi qualitatif. Notre visitorat est diversifié et comprend principalement des familles, des groupes scolaires et des passionnés qui s'expriment et reviennent une année sur l'autre. Nous accueillons également de plus en plus de groupes originaires des pays concernés par les expositions et avons reçu de leur part des commentaires très touchants. J'aimerai en accueillir plus car c'est un échange vraiment enrichissant. Nous mettons donc un point d'honneur à proposer des expositions temporaires traitant de sujets originaux tout en mêlant l'art au vivant et l'émotion à l'éducatif. Le succès des expos sur les piranhas et sur l'archipel des Bijagos a confirmé cette nouvelle orientation qui permet de revisiter les lieux en ouvrant d'autres perspectives et qui nous permet surtout d'évoluer en collaborant avec des instituts scientifiques tels que l'IRD ou le MNHN. Nous espérons avoir le même succès avec l'exposition actuelle et réservons de belles surprises pour les expos à venir...

L’aquarium possède près de 350 espèces de poissons qui ont chacune des exigences diverses, comment faîtes-vous pour les nourrir ?

C’est vrai que pour trouver le bon dosage et contenter tout le monde à la fois, il faut se lever tôt ! Entre les voraces piranhas et les requins qui ne mangent que deux fois par semaines et il faut trouver des alternatives. Nous préparons des mélanges à base de poisson maigre comme les merlans ou des bivalves comme les moules et selon les espèces y ajoutons des ingrédients surprenants comme de la salade, des haricots verts, des pommes ou des concombres et des compléments nutritifs. Ce sont nos 5 soigneurs biologistes de l’aquarium qui sont chargés de composer et d’administrer ces menus diversifiés.

Pour les poissons papillons qui ne mangent que les polypes de certains coraux précis, nous n’avons trouvé aucun régime de substitution et avons été obligés de prendre les poissons à l’état de larve pour les habituer à une autre nourriture.

L’eau est l’élément vital de l’aquarium, pouvez-vous nous expliquer comment elle est traitée ici ?

Nous travaillons pratiquement en vase clos avec de l’eau du robinet dont une partie est déminéralisée via un osmoseur. Nous habituons les animaux à supporter une température standard de 25 °C. Les 300 000 litres d’eau contenus dans l’aquarium de la Porte Dorée circulent en permanence selon un même itinéraire. Seulement 3 à 5% du volume de l’eau sont renouvelés par mois grâce au système de dénitratation. Dès que l’eau déborde des bassins où vivent les poissons, elle rejoint les cuves de décantation situées au sous-sol puis passe successivement par différents filtres mécaniques et biologiques qui la nettoient et la purifient pour enfin retrouver les aquariums. Nous réinjectons dans l’eau des oligoéléments indispensables à l’équilibre des poissons  et employons des auxiliaires de nettoyage très efficaces. Les bernard-l’hermite et les poissons nettoyeurs sont chargés du nettoyage des vitres et prennent leur tâche très au sérieux !

Quelle est votre plus grande crainte en tant que conservateur de l'aquarium ?

Les épidémies !! Les aquariologistes inspectent quotidiennement tous les bassins  afin de détecter le moindre signe d’infection : érosion des nageoires, petite hémorragie… Travaillant en circuit fermé, il nous faut réagir rapidement au risque de  contaminer tous les bassins !

Quelle est votre plus grande satisfaction?

Quand on observe une reproduction naturelle des espèces dans leur bassin, on peut se féliciter d’être parvenu à reconstituer l’écosystème adéquat et complet où les espèces retrouvent leur place. 

Le métier d’aquariologiste consiste à faire survivre différentes espèces de poissons dans un nouvel environnement. Il s’agit d’abord de trouver les bonnes compatibilités entre espèces, la bonne température de l’eau, la nourriture adéquate et d’éviter les espèces prédatrices… La période de quarantaine qui consiste à acclimater le poisson est la plus délicate. Aussi quand les poissons vivent plus longtemps dans leurs bassins que dans leur élément naturel, c’est un signe concret de réussite. J’ai vu des poissons clown et des mérous vivrent jusqu’à plus de 20 ans en bassin alors que la moyenne est de 2 ans dans la mer !

Quel est l'accomplissement dont vous êtes le plus fier depuis que vous dirigez l'aquarium ?

Avec l’exposition sur les Bijagos en 2005 nous avons avons apporté notre pierre à l’édifice en soutenant la candidature de l’Archipel des Bijagos pour obtenir le classement de « Site du Patrimoine Naturel et Culturel Mondial » sous l’égide de Unesco. Notre but était de faire connaître au public ce groupe de 88 îles, situé au large de la Guinée Bissau en valorisant le mode de gestion traditionnel des ressources de ses habitants et en insistant sur les menaces extérieures qui pèsent sur lui. Pour la petite histoire, j’ai été interviewé sur Direct 8 à propos de l’expo. Le programme a été rediffusé quelques jours plus tard en Guinée-Bissau et a influencé le gouvernement local, qui a un peu surestimé l’impact de l’événement mais qui a néanmoins fait valider un décret pour faire de l’archipel une aire marine protégée !

En tant que président de  l’UCA, pouvez-vous nous expliquer le rôle de cette association ?

L’Union des Conservateurs d’Aquariums regroupe une trentaine d'Aquariums publics parmi les plus importants de France. Cette association nationale est reconnue par le Ministère de l'Environnement comme interlocuteur professionnel privilégié et son but principal est d’améliorer la connaissance et la qualité de vie des animaux hébergés,.

Est-ce que vous favorisez le développement de programmes de recherche ?

Les Aquariums adhérents de l’U.C.A mènent constamment des recherches et se préoccupent au quotidien de la préservation des espèces ichtyologiques menacées de disparition. La plupart d'entre eux reproduisent les espèces en péril et en constituent des stocks afin d'engager des programmes de réintroduction dans le milieu naturel. C'est ce que nous faisons à l'aquarium tropical pour certaines espèces de cichlidés du lac Victoria menacées de  surexploitation. Ces dernières années, des progrès importants ont été observés dans le domaine de l'aquariologie et de la zootechnique et des recherches sont réalisées en étroite collaboration avec les institutions nationales, tel que le Muséum d'Histoire naturelle.

 

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