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C'est de loin, le site de plongée le plus remarquable des Radames, aussi un minimum de deux immersions s'impose pour profiter pleinement de la splendeur du décor et de la richesse de la faune et flore. Situé en pleine mer au large de l’île d'Antany Mora, le platier de Greg Wall est accessible à partir de 13 mètres de profondeur.
Souvent, les plongeurs sont accueillis par de belles danseuses espagnoles qui y ont élut domicile. L'idéal est de commencer directement par la visite de la grotte dont l'entrée se trouve à -35 mètres, en descendant le long d'un tombant vertigineux qui dégringole jusqu'à plus de 80 mètres. Nous nous engouffrons en file indienne dans un tunnel de 15 mètres de long. La pénombre nous plonge dans une ambiance un peu angoissante qui se dissipe rapidement avec la rencontre des habitants de cette crypte sous-marine... En braquant ma lampe sur la voûte, qu'elle n'est pas ma surprise de découvrir le plafond orné de petites éponges jaunes et orangers parmi lesquelles se prélassent quelques crevettes à l'ombre des regards. Sur le chemin, nous croisons quelques lutjans affolés par nos faisceaux ainsi qu'une belle cigale de mer qui active ses antennes sur notre passage comme pour nous dissuader de l'imaginer dans notre assiette. Nous nous dirigeons vers la sortie de la grotte, attirés comme des papillons par le trou bleu qui s'élargit au fur et à mesure de nos coups de palmes. Embouteillage à la sortie... Quand vient enfin mon tour de m'échapper de la pénombre, je reste moi aussi bouche bée devant la beauté du spectacle : à 50 mètres devant moi se dresse un piton rocheux couvert de gorgones géantes, de grappes d’alcyons mauves, de corail noir et d'éponges multicores qui s'élance jusqu'à 25 mètres de la surface...

La baie d'Along version sous-marine ! Impossible de résister à l'envie d'admirer le pinacle de plus près et de rejoindre le cercle oecuménique des plongeurs, carangues, mérous, fusiliers, gaterins(...) qui virevoltent et tournent autour du piton tels des pélerins autour d'un temple hindou décoré. Étourdie par cette débauche de vie et de couleurs, je prends du recul pour admirer le décor et apprécier l'harmonie du moment qui inspire quelques minutes de recueillement. Envahis par un sentiment de sérénité, nous remontons vers le sommet du piton où butinent une nuée de cochers, anges et autres papillons et d'où le panorama est différent.

En rejoignant le tombant, je me remémore les conseils de Malik lors du briefing pour dénicher deux petites merveilles cachées dans l'anfractuosité d'une faille à 20 mètres de profondeurs. J'aperçois enfin le froufrou jaune d'une élégante murène ruban (rhinomuraena quaesita). Véritable drag queen des fonds marins, cette espèce de murène change de sexe et de couleur avec l’âge. Nous sommes ici en présence d'un adulte vêtu d’une robe bleu électrique qui tranche avec le jaune vif de sa tête. Les juvéniles, qui portent une robe noire ornée d’une rayure jaune se prolongeant tout le long du corps, se transforment en femelle avec une robe entièrement jaune.

Ces drôles de mœurs ne sont pas du goût de la murène javanaise voisine qui, à part nous montrer ses dents à crochet ne change ni de couleur ni de sexe. En continuant à longer le tombant main gauche, le décor devient monochrome, mais les rencontres avec les prédateurs se font plus fréquentes. En arrivant au bout du tombant qui descend en pente douce jusqu'au fond, on a véritablement l'impression de débouler sur la place de la Concorde. N'étant plus abrités par le tombant, nous sentons le courant du large de la marée montante qui apporte son flux régulier de nourriture... Plusieurs bancs de bécunes, de carangues dorées et de carangues à nageoires bleues se croisent et se recroisent avec vivacité et légèreté, tandis que de grosses carangues ignobilis leur grillent la priorité avec une allure plus indolente mais non moins menaçante. Mon binôme me pointe du doigt deux gros mérous tachetés qui arrivent sur notre droite au même moment où j'aperçois un thazard dans le bleu. Un convoi exceptionnel composé d'un énorme thon à dents de chien de 3 mètres entourés d'une escorte de poissons soldat remonte du fond. Il ne remontera malheureusement pas assez proche de nous pour pouvoir l'immortaliser...
L'animation est garantie à cet endroit et pour pouvoir en profiter pleinement des rencontres avec la faune pélagique, il est conseillé de s'y attarder en deuxième plongée, selon les marées favorables, et de passer moins de temps sur la grotte et le piton en début de plongée.

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