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Texte et photos © Phil Simha-Sunfish Productions
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Après une première introduction au nitrox, notre photo-reporter Phil Simha, consultant technique et course Director PADI, nous explique à présent l'évolution de la plongée aux mélanges enrichis en oxygène.
Bon allez, on pourrait presque dire que le Nitrox a toujours existé et que nous avons déjà tous plongé avec du Nitrox, puisque l’air est quelque part un Nitrox à 21%. Mais d’une façon plus réaliste, si l’emploi du Nitrox est relativement nouveau pour la communauté des plongeurs loisir, il est déjà employé depuis des décennies par les plongeurs commerciaux et militaires ou encore par les plongeurs tec qui s’en servent comme d’un outil accélérant la décompression. Il était grand temps que les bienfaits de ce mélange soient enfin mis à la portée de tous, bien que son parcours n’ait pas été des plus simples...

Le Nitrox fête ses cinquante ans
Les premières références notoires remontent à un chercheur américain, le Dr Wells, qui a publié en 1977 des tables de plongée au Nitrox dans le Manuel de Plongée de la NOAA (Agence Nationale Océanique et Atmosphérique), couvrant deux mélanges appelés à devenir les grands standards de l’air enrichi, les Nitrox 32 et 36%. L’approche de Wells était simple et se basait sur une observation fondamentale : "L’air a été le gaz respiratoire privilégié dès les débuts de la plongée parce qu’il est facilement disponible et qu’on peut le compresser dans les blocs sans autre investissement que celui d’un compresseur. Il n’est cependant pas le gaz idéal, puisqu’il implique des considérations sévères de décompression. Ces considérations sont liées à la quantité d’azote inspirée et au temps passé en plongée, pas à la profondeur et au temps de plongée ; ces restrictions peuvent donc être mieux contrôlées en éliminant une partie de l’azote que respire le plongeur."
Si tant est que cette évidence se soit manifestée il y a déjà près de trente ans, la logique voudrait que l’on trouve aujourd’hui le Nitrox partout : après tout, il ne nous a pas fallu attendre trente ans pour que la " Fenzy" soit remplacée par le gilet stabilisateur ! Notre air ne s’est pas enrichi aussi vite que notre matériel de plongée, mais on retrouve cependant la NOAA au premier plan de l’introduction du Nitrox dans la communauté des plongeurs loisirs. En effet, c’est un ancien de la NOAA, Dick Rutkowski, qui créa en 1987 la première organisation de plongée clairement engagée sur la voie de l’air enrichi, la IAND (International American Nitrox Divers). Un an plus tard, Rutkowski s’associa à Ed Betts, propriétaire de l’un des plus gros centres de plongée de la côte est des Etats-Unis, pour fonder ANDI (American NItrox Divers, Inc.), avec la mission première de standardiser les formations d’instructeurs et de plongeurs Nitrox. Tom Mounts, une grande figure de la plongée tec, racheta alors IAND, qu’il renommera plus tard IANTD (International Association of Nitrox & Technical Divers).

Le mélange peine à prendre
Toutes ces organisations ont vécu depuis d’autres bouleversements, mais restent présentes sur le terrain, à plus ou moins grande échelle suivant les pays. Cette multiplication aurait pu entraîner un développement rapide du Nitrox, mais, paradoxalement, la diversification contribua davantage à approfondir les malentendus qu’à les clarifier : ANDI chercha à se distinguer de l’aspect tec du Nitrox en lui attachant le label "SafeAir®" (air sûr) tandis que Mounts, lui, cherchait à promouvoir la plongée technique. En plus de ces contradictions, une réalité simple venait encore jouer contre la croissance du Nitrox dans les années 80 : il ne répondait tout simplement pas aux besoins des plongeurs d’alors, pour qui le déroulement standard d’une plongée consistait essentiellement à descendre tête la première à 50 mètres, à y passer un certain temps en exploration, puis à remonter directement vers les paliers ! Il n’intéressait donc qu’un nombre marginal de plongeurs, majoritairement issus de la plongée tec, dont beaucoup anéantissaient eux-mêmes le potentiel de croissance en s’attachant à présenter le Nitrox comme un mélange réservé à une élite. Peu disponible, relativement cher et compliqué à produire, en n’ayant sensibilisé que peu de plongeurs l’air enrichi ne pouvait que stagner encore quelques années, avant de s’adresser à un public plus large.
Pourquoi maintenant ?
Aujourd’hui, on peut jeter un coup œil dans le rétroviseur et affirmer avec le recul que la plongée loisir était trop adolescente, dans les années 80-90, pour que le Nitrox sorte de sa niche et s’établisse comme il aurait pu ou dû le faire. Mais, en vingt ans, la plongée a évolué. La majorité des plongeurs d’aujourd’hui n’est plus nécessairement constituée de passionnés exclusifs : la plongée est une activité comme les autres, intégrée à un style de vie, au même titre que le ski ou la randonnée. Et elle peut même prendre une dimension familiale. Ces nouveaux plongeurs ont aussi adopté un comportement qui les distingue clairement de la génération précédente : il ne s’agit plus forcément de plonger à tout prix, mais plutôt de se livrer à une forme d’écotourisme aquatique, par le biais de la balade et de la contemplation sous-marine. Du coup, les profils profonds et carrés ne sont plus le fait que de quelques plongeurs "sportifs" : les plongées qui répondent aux besoins actuels, elles, adoptent plus volontiers des profils à multiniveaux, se déroulent dans des eaux peu ou moyennement profondes, et le plus souvent chaudes ou tempérées. Enfin, la science et les médias spécialisés ont eux aussi fait des progrès énormes, proposant aux plongeurs d’aujourd’hui de nombreuses sources d’informations valides. En conséquence, la conscience et les exigences en matière de sécurité sont de loin supérieures à celles que nous pouvions avoir il y a seulement dix ou quinze ans.

L’air enrichi fait boum !
Sur le terrain, les choses commencèrent réellement à bouger au niveau mondial avec l’apparition du cours de spécialité Air Enrichi Nitrox chez le numéro un mondial de la formation des plongeurs : en l’intégrant à sa palette de cours en 1995, PADI a également contribué à la crédibilité du Nitrox auprès du grand public. D’autres organisations ont suivi, l’intérêt des plongeurs et la demande ont bien sûr évolué en conséquence, mais le principal point faible restait toujours le même : où et comment obtenir du Nitrox à un prix raisonnable ? Dans ce domaine, c’est à deux instructeurs allemands, Dirk Göldner et Roland Knebel, que l’on doit réellement la plus grande avancée de ces dernières années. Fondateurs de l’organisation NRC (Nitrox & Rebreather Company), lancée officiellement en 2001 et clairement dévouée à la diffusion du Nitrox et des recycleurs, nos deux compères comprirent rapidement que leur viabilité dépendait avant tout de la disponibilité du gaz : tant que l’obstacle ne serait pas surmonté, ni la formation Nitrox, ni les recycleurs, ne pourraient se développer correctement. Ils se sont alors sérieusement penchés sur la question pour parvenir à développer des systèmes de gonflage Nitrox économiques, sans manipulations compliquées et qui puissent être rapidement amortis par leur acheteur. Les membranes ont ainsi commencé à se diffuser, permettant de fabriquer du Nitrox tout simplement à partir de l’air, sans disposer d’oxygène pur ou d’un technicien mélangeur. Ce système consiste à faire circuler l’air à travers une membrane qui laisse passer l’oxygène plus facilement que l’azote. Une certaine quantité d’azote est alors soustraite du flux d’air, créant ainsi un Nitrox à teneur en oxygène plus élevée. En plus d'être plus rentable et plus rapide, ce système a l'avantage d'être moins dangereux et pus simple puisqu'il élimine les dangers potentiels que l’on rencontre avec l’oxygène pur et qu'il suffit de pousser sur un bouton et de choisir son mélange pour produire du Nitrox. La réponse fut rapide, surtout du côté des centres de plongée, qui attendaient cette chance depuis longtemps. NRC a alors vu le nombre de ses brevets Nitrox croître de façon spectaculaire, particulièrement dans les zones tropicales où ses bienfaits multiples sont encore plus appréciés. Cette croissance n’a évidemment pas laissé les grandes organisations indifférentes, et elles ont commencé à mieux comprendre le potentiel réel du Nitrox, au niveau commercial bien sûr, mais surtout en matière de sécurité. Au final, réunissant les meilleures compétences de chacun, PADI et NRC ont signé en 2003 un accord de coopération idéal, dans lequel NRC est devenu le partenaire logistique, tandis que PADI a revu ses matériels de cours et entamé une réelle promotion mondiale de l’air enrichi.
Et demain ?
C’est donc l’évolution de la plongée loisir et du plongeur type, qui font que les conditions sont maintenant réunies pour favoriser le développement de l’air enrichi. Jusqu’à présent, bien des malentendus avaient survécu trop longtemps et le gaz ne répondait pas encore réellement aux besoins des plongeurs. Maintenant, enfin, les objectifs peuvent être atteints ; le marché de la plongée dans son ensemble prête une oreille extrêmement attentive aux questions de sécurité et comprend que l’air enrichi est vraisemblablement la voie du futur. Au vu des développements réalisés et de la croissance entr’aperçue, il est réellement possible aujourd’hui d’imaginer que, d’ici quelques années, plonger au Nitrox sera déjà devenu la norme et plus l’exception !
Lors de notre prochain rendez-vous, nous analyserons ensemble et plus en détails les liens entre notre physiologie et le Nitrox, afin de bien cerner comment celui-ci est un atout pour nous plongeurs. D’ici là, air, Nitrox ou Trimix, n’oubliez surtout pas d’aller plonger !

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