Pascal Kobeh, partisan des océans

Photos de Pascal Kobeh / Texte de Laëtitia Scuiller

Depuis près de dix ans, Pascal Kobeh rapporte des images de toutes les mers de la planète et s’engage pour la protection des océans.

La photographie n’était pourtant pas une vocation pour ce spécialiste des marchés financiers jusqu’au jour où la passion de la mer l’emporte. En 1992, Pascal fait le grand saut et quitte le confort de sa vie parisienne pour la liberté, l’amour et les Maldives. Niveau 4 initiateur, il encadre les plongées sur des bateaux de croisières pour assister Tina Engeln, spécialiste de la destination. Plus à l’aise dans une combinaison de plongée que dans un costume cravate , Pascal troque son portable pour un Nikon et délaisse vite les cours de la bourse pour les techniques de prises de vues. « J’ai attrapé le virus avec des photographes professionnels lors d’une croisière plongée inoubliable sur le Fébrina en Papouasie Nouvelle-Guinée.»


Plongeuse et anémone de mer à Walindi / Hippocampe pygmée (hippocampus argibanti)

Dénoncer le carnage des océans

Pascal n’a jamais guéri du virus et y consacre aujourd’hui tout son temps et son énergie. Armé d’un Nikon F90 et d’une remarquable patience, il prend des images dans toutes les mers où il trempe ses palmes. Depuis les raies manta de l’Océan Indien jusqu’aux narvals de l’Arctique en passant par les dragons de mer d’Australie et les requins Pèlerins de la mer d’Irlande…

Dragon de mer phylloptere (phyllopteryx taeniolatus) espèce endémique à l'Australie

Requin pèlerin (cethrinus maximus) - Île de Man

Même s’il est très sensible à la beauté des fonds marins, le photographe cherche avant tout à témoigner. « Je suis catastrophé par les menaces qui pèsent sur les océans et par les blessures que l’homme leur inflige. C’est pourquoi je ne perds aucune occasion pour dénoncer ce carnage. » Pascal sait lire les traces de l’homme sur les écosystèmes marins. Ses images s'en ressentent, exprimant le rêve et l’évasion comme l’horreur et la destruction. « Les fonds marins de Malpelo sont exceptionnels mais j’y ai pourtant vu autant de requins marteaux dans les filets que dans la mer… » déplore le plongeur engagé qui transmet volontiers ses images aux associations de protection de la nature telles que Greenpeace ou WWF.

Cadavre de requin marteau halicorne (sphyrna lewini) et de requin soyeux (carcharinus falciformis ) - Malpelo


Raie aigle (aetobatus narinari) prise dans un filet libérée par des plongeurs - Oman

Plongeur d’or au festival d’Antibes

Afin de mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes marins, Pascal s’est tout naturellement intéressé à la biologie marine qu’il a apprise sur le tas grâce à l’observation et à la lecture. « La littérature anglaise est extrêmement riche sur le sujet et m’a beaucoup aidé dans mon apprentissage. » Au fil des années et des plongées, ses clichés sont diffusés dans la presse française et étrangère. Il parvient peu à peu à imposer sa sensibilité de photographe et sa connaissance de biologiste autodidacte dans l’approche des animaux sous-marins. Sa technique évolue sans qu Depuis ses premiers clichés en 1994, Pascal est resté fidèle au Nikon F90. Il vient seulement d’investir cette année dans un F100 et a troqué son caisson Sea&Sea pour un Seacam. Le numérique, il y vient progressivement mais ce n’est pas un impératif pour lui. «  Le matériel est beaucoup moins important que l’observation et la patience pour réussir une photo. Je peux rester des heures au même endroit sans bouger pour avoir l'image que je souhaite. » Sa passion et sa détermination ont d’ailleurs rapidement porté leurs fruits. En 1997, Pascal obtient le plongeur d’argent au Festival Mondial de l'Image Sous-marine d'Antibes et est consacré l’année suivante par ses pairs qui lui décernent le prestigieux plongeur d’or.

Raie manta (manta birostris) se faisant nettoyer par des labres nettoyeurs (labroides dimidiatus) - Maldives

Pascal continue aujourd’hui à sillonner les océans en quête de nouveaux clichés. Mais son pessimisme s’accentue à mesure qu’il assouvit sa passion pour la mer. « Il n’y a apparemment pas eu assez de catastrophes dans le monde en 2005 pour tirer la sonnette d’alarme. Faut-il souhaiter une série de cyclones, d’inondations et de séismes pour que l’homme agisse enfin concrètement ? » s’interroge le photographe biologiste dépité face aux promesses non respectées du gouvernement français et face aux réactions internationales. « Pendant que les territoires Inuits disparaissent à cause de l’élévation du niveau des océans, certains industriels se réjouissent d’une route du pétrole plus directe ! Que pouvons-nous faire contre cet état d’esprit ? »

Poisson cardinal de Banggai (Pterapogon kauderni) - mer de Sulawesi Indonesie

Accouplement de nudibranches (Halgerda willeyi)

Un nouveau livre en préparation

La solution ? Agir à son niveau avec ses moyens. Pascal témoigne avec ses photos, s’engage au sein d’associations telles que Longitude 181, explique l’urgence de la situation à ses amis et ne mange presque plus de poisson, quitte à passer pour le rabat-joie de service… « Notre société vit à court terme sans prendre en compte l’urgence de la situation » regrette amèrement Pascal qui publie des livres afin de sensibiliser le grand public à la protection des océans. Son premier livre La Magie du bleu édité en 2000 aux éditions Hermé a reçu un bon accueil auprès des lecteurs et s'est vendu à plus de 13 000 exemplaires. Considéré comme l’un des spécialistes des fonds marins maldiviens, Pascal a également réalisé un guide sur la destination aux éditions Mondéos. Il est par ailleurs co-auteur avec Alexis Rosenfeld et Isabelle Croizeau du livre Nager avec les habitants des océans parut aux éditions Glénat en 2003. L’auteur prépare à présent un nouvel ouvrage de 160 pages dans la catégorie des « Beaux livres ». La sortie est prévue pour fin 2006 et le sujet, marin bien sûr, est encore secret...

« Inoculer la ciguatera à tous les poissons »

Bien que sceptique quant au sort réservé par l’homme aux océans, Pascal note néanmoins une plus grande prise de conscience de la part des plongeurs et de certains gouvernements. « Aux Maldives, le cabinet des pêches a validé une loi prévue pour septembre 2006 afin de protéger les œufs de tortues et d’interdire la pêche aux requins. Parallèlement, le gouvernement a pris des mesures pour inciter les stations balnéaires à employer les pêcheurs. Du côté du Pacifique, le gouvernement polynésien agit également en faveur de la protection des requins. » Pascal se prend parfois à rêver de convertir la planète entière à la plongée « Je suis persuadé que 6 milliards de plongeurs peuvent sauver les océans !» Mais il avoue avoir pensé à une solution plus radicale « Il faudrait inoculer la ciguatera à tous les poissons pour empêcher l’homme de continuer à piller les océans…» Sous les airs rêveurs de ce photographe passionné se cache une âme de militant prêt à tout pour sauver les océans.

Pêcheur ramassant une paire d'hippocampes de nuit - Philippines

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