Comment reconnaît-on un phoque gris ?
C’est le phoque le plus grand d’Europe avec ses 2 m pour 250 Kg en moyenne pour un mâle tandis que les veaux marins ne pèsent pas plus de 120 kg. Comme son nom l’indique, cette espèce possède un pelage gris foncé tacheté mais l’espèce présente un dimorphisme sexuel marqué. La robe des femelles, gris clair parsemée de larges tâches, se différencie de celle des mâles, qui s’assombrit avec l’âge. Les mâles ont également une tête plus massive. L’absence de front marqué permet aussi de distinguer les phoques gris des veaux marins. Contrairement aux otaries, les oreilles des phoques ne sont pas visibles et consistent en des ouvertures sans pavillon sur les côtés de la tête.
Où le trouve t-on ?
Cette espèce est uniquement présente dans l’hémisphère nord. Outre les zones côtières de l’Europe (Baltique, Mer du Nord…), on le trouve également près des côtes du Canada. Ses sites de prédilection dans l’Atlantique sont surtout le Pays de Galles, la Cornouaille et le nord de l’Ecosse, puis les îles Molène et les Sept-Îles en Bretagne, qui ont tous en commun des côtes rocheuses et des eaux poissonneuses…
Quelle est son alimentation ?
Le phoque gris est essentiellement piscivore et s’alimente de proies accessibles telles que les vieilles, les congres ou les calamars. C’est un prédateur opportuniste. Bien que certains pêcheurs le considèrent comme un concurrent, le phoque ne se nourrit pas beaucoup d’espèces nobles comme le bar ou le lieu, plus difficiles à capturer.
Est-ce que l’espèce est protégée en France ?
Le phoque gris fait l’objet d’une double protection. Il fait partie des mammifères marins protégés sur le territoire national, selon l’arrêté du 27 juillet 1995. L’espèce est également classée en annexe II de la Directive Habitat de l'Europe. Par ailleurs, l'espace côtier qu'il fréquente en Iroise a obtenu différents statuts de protection et fait partie depuis peu du Parc National Marin d’Iroise.
Quels sont ses principaux prédateurs ?
Les seuls ennemis du phoque gris sont les requins blancs et les orques. Si les premiers sont totalement absents des eaux bretonnes, quelques passages d’orques sont observés chaque année, mais ce ne sont pas leurs zones de chasse de prédilection. Comme pour de nombreuses autres espèces marines, c'est l'exploitation de l'océan par l'Homme qui représente un danger pour les phoques gris. Mais en Bretagne, la pêche, l'exploitation des laminaires ou le trafic inter-îles ne semblent pas avoir d'impact direct sur ces mammifères marins.
Les activités naturalistes comme la randonnée palmée présentent-elles un risque de perturbation du mode de vie des phoques gris ?
Nous ne sommes pas contre la découverte du patrimoine marin, mais nous sommes vigilants sur la façon dont les activités sont organisées. Nous avons élaboré un code de bonne conduite avec des mesures à respecter. Il est par exemple indispensable de respecter une certaine distance lors de l’observation des mammifères marins et il ne faut surtout pas les déranger pendant les périodes de mue ou de reproduction. Les randonnées palmées ont lieu pendant l’été, qui est une période favorable pour l’observation des phoques. Nous faisons confiance à l’équipe d’Hippocampe Évasion pour respecter le code de bonne conduite et d’ailleurs, ils collaborent avec nous en nous fournissant des informations sur les phoques et les dauphins.
Le phoque gris est étudié depuis une quinzaine d’années par le laboratoire d’études des mammifères marins d’Océanopolis, quels travaux de recherches scientifiques menez-vous ?
Nous menons une étude de recensement depuis 1992. Nous effectuons chaque mois un tour des sites afin d’obtenir une moyenne mensuelle. Entre janvier et mars dernier, nous avons dénombré l’effectif le plus élevé avec plus d’une centaine d’individus présents en même temps.
Parallèlement, nous observons une approche de photo-identification en comparant les individus que nous rencontrons sur le terrain avec notre base de données. L’année dernière, nous avons dénombré plus de 150 individus différents sur le site sur un cycle annuel.
En 1997, nous avons équipé 4 animaux du centre de soin de balises Argos afin de savoir s’ils se réhabilitaient au milieu naturel. Nous avons renouvelé l’opération en 1999 sur 6 individus et en 2002 sur 8 individus capturés dans l’archipel, afin d’étudier leurs comportements, leurs trajets dans l'archipel mais aussi leurs migrations vers les mers du Nord.
Pouvez-vous nous expliquer le processus de transmission de données par balise Argos ?
Il faut d’abord capturer un animal, avec une autorisation bien sûr, en l’attirant dans un filet à maille floues posé dans l’eau à marée basse. Dès que l’animal est piégé, il faut le conduire à terre le plus vite possible et le calmer par une anesthésie légère. Après avoir dégraissé et séché les poils de la nuque, on lui colle la balise. Une demi-heure plus tard, l'animal reprend connaissance et retourne tranquillement en mer. Les balises tombent naturellement au bout d'un certain temps, quand l'animal est en période de mue. Les balises étanches sont composées d'un enregistreur de vitesse, de profondeur, d'une batterie et d'un microprocesseur qui stocke les données. Ces dernières sont émises vers un satellite Argos toutes les 40 secondes lorsque l'animal a la tête hors de l'eau. Près de 10 positionnements peuvent ainsi être enregistrés par jour avec en plus des paramètres sur les profondeurs des plongées. On a ainsi pu détecter, entre autre, qu’ils pouvaient plonger jusqu’à 180 mètres de profondeur. Les signaux sont ensuite relayés du satellite vers une station à terre puis décryptés par CLS/Argos (Toulouse) avant d'être envoyés au SMRU (Sea Mammal Reseach Unit) en Écosse pour être analysés.
Qu’avez-vous appris sur le comportement des phoques gris de Molène suite à l’analyse des données ?
Les recherches d’identification nous ont permis d’observer une augmentation régulière de la population en Bretagne depuis une dizaine d’années.
En ce qui concerne les comportements, nous avons fait quelques découvertes en nous appuyant sur des faits déjà établis. Le cycle annuel des phoques gris est marqué par deux principaux évènements : la reproduction et la mue. Nous savions déjà que la copulation a lieu de fin septembre à début mars, et que les colonies se rassemblent à terre pour la mue entre janvier et mars. D’ailleurs, tous les ans, vers la fin de l’été, nous observons sur le site de Molène la disparition de nombreuses femelles ayant atteint la maturité sexuelle. C’est le début de la période de reproduction et grâce au système de balisage, nous avons découvert qu’elles rejoignent d’autres colonies comme celle des Sept-Iles qui est un site plus favorable pour la reproduction. Mais la plupart d’entre elles n’hésitent pas à traverser la Manche pour rejoindre les colonies anglaises qui sont beaucoup plus nombreuses. Il faut rappeler au passage que les phoques gris pratiquent la polygamie et ont des harems de 5 à 20 femelles.
À part ces migrations, nous avons constaté que les phoques gris n’observaient aucun comportement type et n’étaient pas attachés au groupe social comme peuvent l’être les cétacés. Une fois sevrés, les jeunes phoques doivent apprendre à se débrouiller seul dans leur environnement. Contrairement aux dauphins ou aux baleines, il n’y a aucun apprentissage maternel à la nage ou à la chasse. Ce qui peut expliquer que nous récupérons beaucoup de jeunes en difficulté en automne, où les ressources sont moins abondantes et les conditions climatiques plus difficiles.
Depuis sa création, Océanopolis héberge un centre de soins pour phoques, quelles sont les étapes de la remise en forme des animaux récupérés ?
Plus de vingts jeunes phoques sauvages, âgés de quelques semaines seulement, sont accueillis chaque année. Cette année nous en avons récupéré 35, ce qui nous permet d’établir une corrélation avec l’augmentation de la population globale. Ces animaux égarés nous permettent de mieux connaître la population résidente sur l'archipel de Molène. La remise en forme des jeunes phoques est divisée en trois étapes. Le premier mois, les phoques sont soignés et nourris au sec en zone de quarantaine. Lorsqu'ils atteignent une vingtaine de kilos et qu'ils se nourrissent seuls, ils sont transférés dans les bassins extérieurs où ils passent environ deux mois. Tous les jours, chaque phoque mange 3 kilos de poissons, essentiellement du hareng, répartis en 3 repas. Lorsqu'ils atteignent un poids d'environ 40 kilos, les phoques sont relâchés dans le milieu naturel. Nous leur fixons une bague sur une des pattes arrières et un chapeau numéroté sur la tête afin de pouvoir identifier l’animal une fois en liberté.