|
|
|
RAIE MANTA, ANGE OU DEMON ?
Texte et photos de Pascal Kobeh
|
|
|
|
|
Rostres déroulés, gueule ouverte, qu'elles mangent ou qu'elles se fassent nettoyer, elles impressionnent le bipède plongeur que nous sommes. Qui sont-elles, celles que l'on appelle "diables de mer", ou encore raies manta ? Visite guidée dans ce qui pourtant n'a rien d'un enfer, mais plutôt tout d'un paradis tropical sous-marin, dans une eau entre 27 et 30 degrés celsius. Suivons-les dans leur long périple migratoire à travers les atolls des îles Maldives.

Leur horizon est sans limite : 1200 îles environ sur 800 km de long, 70 de large, la plus haute ne dépassant pas quatre mètres. On trouve les raies manta, poisson migrateur au même titre que le requin baleine, là où se trouve le plancton. Le plus petit organisme marin, élément de base dans la chaîne alimentaire, constitue en effet leur mets unique. Le krill, composé de micro-organismes, micro-méduses, larves de crustacés, céphalopodes, petites crevettes… est une véritable manne pour bien des géants des mers, que ce soient les raies manta, requins baleines, requins pèlerins ou encore baleines. Aux Maldives, au grès des courants saisonniers, les raies manta suivent le plancton, à l'est où à l'ouest de cette chaîne corallienne formée d'atolls parallèles.

Il arrive aux plus veinards d'assister quelques jours par an à une véritable frénésie alimentaire : dix, vingt, voire parfois cinquante ou cent manta à la surface, baignant littéralement dans des nuages de plancton et évoluant la gueule grande ouverte, ne se souciant de rien d'autre que de gober le plus possible de plancton. C'est un spectacle fascinant que de voir ces créatures filtrer des milliers de litres d'eau par heure.

Une autre occasion pour les approcher est de se mettre à l'eau sur une "station de nettoyage". A l'instar du lion dans la fable de La Fontaine, la raie manta a souvent besoin d'un plus petit qu'elle, et même d'un beaucoup plus petit. En effet, ce poisson, car elle appartient bien à la classe des poissons cartilagineux comme ses cousins les requins, pouvant atteindre 5 mètres d'envergure et un poids de 2 tonnes se fait régulièrement nettoyer par de petits labres nettoyeurs ne dépassant pas les 10 cm !

Ceux-ci se tiennent par colonies entières sur de gros massifs de corail (souvent des Porites), et attendent littéralement le client. En l'occurrence, les raies manta arrivent et s'immobilisent au-dessus de la "station" s'abandonnant (on peut le voir à ses rostres qu'elle déroule) à la multitude de nettoyeurs qui s'activent tant sur son corps qu'à l'intérieur de sa bouche. Tout en nettoyant leur cliente, ces derniers se nourrissent ainsi des parasites qui se développent sur elle. Le spectacle peut durer plusieurs heures, où l'on voit des raies manta faire la queue en vol quasi-stationnaire au-dessus d'une patate de corail attendant patiemment que la congénère ait terminé pour s'abandonner aux morsures bienfaitrices des labres. En s'y prenant très doucement, sans lâcher ses bulles trop bruyamment pour ne pas les effaroucher, il est possible de les approcher, souvent à moins d'un mètre et d'assister à cette opération nécessaire à la survie des raies comme à beaucoup d'autres poissons.
Rien à voir en tous cas avec ces profiteurs de rémoras dont elles subissent les tracasseries incessantes. Quels pots de colle ! La ventouse qu'ils portent sur le dessus de la tête leur permet d'adhérer à la peau des grands poissons ou mammifères marins. Ainsi, ils voyagent gratis ! Il est même arrivé d'en voir dans le fond de la bouche d'une raie, plaqués sur le palais, cette dernière ouvrant désespérément la gueule pour l'offrir aux labres nettoyeurs.

Pour le reste, nous ignorons presque tout des raies manta. Les scientifiques ne s'accordent même pas sur le nombre d'espèces. Certains prétendent qu'il n'y a qu'une grande manta, la Manta birostris avec des variations circum tropicales, et neuf espèces de "petites" manta, les Mobulae, (un mètre cinquante environ) dont la Mobula diabolus, représentée aux Maldives. On sait, pour en avoir pêché, qu'elles sont vivipares et que le petit d'une grande manta mesure à la naissance, un mètre et demi environ. Quant au reste, mystère !

Où fraient elles, où mettent elles bas, quelle est la période de gestation, est ce qu'elles dorment, et si oui, où ??? Personne n'a jamais pu l'observer et encore moins apporter la moindre réponse à ces questions. Et c'est peut-être tant mieux que le "diable des mers" garde tous ses secrets.
|
|
|
|
|