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Texte et photos © Patrick Louisy
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Une eau aussi claire et tiède qu’en Mer Rouge, un petit port à l’abri du tourisme de masse, une riche histoire archéologique, et des prix tout à fait abordables… La région de Kas a bien des attraits, que même les poissons de Mer Rouge semblent apprécier !
Kas, en Méditerranée Orientale
Coiffé d’une maigre garrigue et de bosquets de pins, le massif karstique plonge ses pieds dans une mer d’un bleu intense. Littoral calcaire incroyablement découpé, parsemé d’îles et îlots, la région du charmant petit port de Kas se situe à la pointe sud-ouest de la Turquie, dans la partie la plus orientale et la plus chaude de la Méditerranée.

Dans ce havre de nature préservée, l’histoire de l’antique Lycie est toujours présente, que ce soit à terre ou sous l’eau. Les vestiges sont innombrables tout le long de la côte, jusqu’à un tombeau lycien en plein centre de Kas. Sous la mer également, vous rencontrerez un peu partout des débris d’amphores plus ou moins dispersés, ou soudés en masses concrétionnées. À observer et photographier sans modération, mais surtout ne pas ramasser !

L’une des innombrables amphores qui jonchent les fonds de Kas, et la cité Lycienne immergée d’Aperlai, près de Kekova.
La vie marine de cette région de Turquie est elle aussi très particulière, voire franchement exotique. C’est d’ailleurs à son originalité biologique (mais aussi de la qualité du soutien logistique du centre Archipel Plongée), que Kas doit d’avoir été la destination de deux voyages d’étude Bio Sous-Marine, en 2004 et 2007. Des observations et recensements réalisés lors de ces deux voyages BSM provient l’essentiel des informations rassemblées ici (pour en savoir plus sur les voyages BSM, cliquez ici).
On a plongé sur la lune
Passé la surface, le dépaysement est total. Pour vous donner une idée de la sensation qu’offrent les fonds rocheux de Kas, je ne résiste pas au plaisir de citer l’un des participants au premier voyage Bio Sous-Marine réalisé à Kas en septembre 2004 : « Lors de mes premières plongées, j'ai eu la vision de Tintin sortant de sa fusée » et découvrant le paysage lunaire qui s'offrait à ses yeux, « On a plongé sur la Lune ! » (merci Yves).
Le plus souvent, en effet, les fonds rocheux offrent des architectures étonnantes, mais dénudées. La roche, claire, paraît comme sculptée par la lumière qui pénètre extraordinairement bien dans ces eaux d’une clarté exceptionnelle (40 m de visibilité ne sont pas rares en été, et 25 m sont un minimum syndical). Les deux phénomènes sont d’ailleurs liés : nous sommes en Méditerranée Orientale, une mer pauvre en nutriments, d’où une couverture biologique réduite sur la roche, et en contrepartie une transparence remarquable.

Les amateurs de vie fixée trouveront cependant de quoi rassasier leur curiosité. Il faut simplement descendre un peu plus profond, ou explorer les cavités, surplombs et zones d’ombre. Effort qui sera récompensé par la découverte d’une flore et d’une faune tout à fait exotiques, avec nombre d’espèces végétales et animales qu’on ne trouve pas chez nous, dont beaucoup sont venues d’ailleurs… L’exploration des herbiers est tout aussi intéressante, avec en particulier des champs de nacres qui paraissent s’étendre à l’infini, « à l’image de cimetières militaires engloutis » (merci Sophie).

Macro pour ces éponges et madrépores dans une grotte ; grand-angle pour ce champ de nacres.
Autre particularité typiquement orientale, la quantité de grands prédateurs, dont on se demande à première vue ce qu’ils trouvent à manger : mérous bruns, badèches, mérous royaux (ou badèches rouges), dentis, barracudas, sérioles ou thonines patrouillent souvent autour des secs et promontoires rocheux. Leurs proies potentielles se font en général plus discrètes, mais à bien y regarder, elles sont là : castagnoles omniprésentes, girelles et girelles-paons, athérines et sardines de passage…

Des sérioles tournent autour d’une épave
Le défilé des « thermophiles »
Pauvre en nutriments, et particulièrement chaude en été (26 à 29 °C durant 3 à 4 mois), la Méditerranée Orientale n’est pas toujours très accueillante pour les organismes d’origine atlantique qui la peuplent. Nombre de scientifiques considèrent d’ailleurs qu’elle souffre, pour cette raison, d’un déficit chronique d’espèces depuis fort longtemps.
Ses caractéristiques particulières sont cependant favorables aux espèces appréciant la chaleur (dites thermophiles), dont certaines se rencontrent à la fois en Méditerranée Orientale et en Afrique subtropicale.
L’un des exemples les plus frappants est le poisson-perroquet Sparisoma cretense, à dominante grise ou rouge selon le sexe (il s’agit à ma connaissance de la seule espèce de poisson-perroquet chez qui la femelle est plus colorée que le mâle, ce qui serait un caractère primitif). On peut le voir en abondance à faible profondeur, broutant la roche avec frénésie.

Gros plan d’un mâle, photographié de nuit, et femelles cherchant des algues rases à brouter sur la roche.
Autre espèce thermophile, le rason (Xyrichthys novacula), étrange cousin des labres incroyablement aplati (et capable de plonger tête la première dans le sable au moindre danger), est ici étonnamment commun dans les milieux sableux littoraux, en particulier dans les herbiers de cymodocées.

La femelle du rason est reconnaissable à la tache ventrale rose marquée d’écailles brillantes, le mâle à son corps très haut.
Les girelles-paons, aux livrées polychromes dominées par les ors et les bleus, sont plus abondantes à Kas que les girelles « communes » que nous connaissons sur nos côtes, mais avec une situation contrastée entre les milieux strictement rocheux (jusqu’à 2 fois plus de girelles-paons), et les secteurs riches en herbiers ras, où la proportion s’inverse.

Le « super-mâle » de la girelle-paon (en livrée dite terminale, à gauche) a une coloration différente des jeunes et des femelles (livrée initiale).
Les mérous et badèches sont également des poissons à affinités chaudes. Six espèces ont été répertoriées à Kas, et trois y sont communes. Les études BSM de 2004 ont démontré que le mérou brun (Epinephelus marginatus) est le plus attaché aux cavités rocheuses. La badèche (E. costae) fréquente préférentiellement les milieux de transition entre roche et sable, nageant parfois à plusieurs mètres du fond. Le mérou royal (Mycteroperca rubra), bien que rencontré exclusivement au dessus de la roche, est le moins inféodé au fond : il est très rare de le voir posé. Une autre espèce, observée sporadiquement sur le sable à proximité de petites épaves, est le mérou blanc (Epinephelus aeneus), qui a très rarement été photographié vivant.
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